Favoriser les loisirs malgré la maladie : adapter, écouter et accompagner

10 novembre 2025

maladie-alzheimer-gral.com

Comprendre la place centrale des loisirs dans la vie avec une maladie cognitive

Les troubles de la mémoire, et plus généralement de la cognition, affectent peu à peu les habitudes et bouleversent la routine quotidienne. Pourtant, même lorsque les capacités diminuent, les loisirs conservent une place essentielle : ils nourrissent l’estime de soi, entretiennent les liens sociaux et peuvent alléger certains symptômes comme l’anxiété ou l’apathie. Selon la Fondation Médéric Alzheimer, 72% des aidants estiment que ces activités améliorent la qualité de vie de la personne malade.1

Maintenir des loisirs ne signifie pas "remplir" le temps, mais soutenir la personne, son identité et son envie d’agir, en dépit de la maladie. Les recommandations de la Haute Autorité de Santé (HAS) insistent sur l’importance de proposer des activités adaptées, source de plaisir et de valorisation personnelle.2

Quels impacts sur le choix des activités ? Perte de mémoire et fatigue cognitive au quotidien

  • La mémoire à court terme évolue le plus rapidement : il devient difficile de retenir de nouvelles informations, de suivre une règle ou une consigne complexe, voire de poursuivre une activité entamée la veille.
  • L’attention fluctue fortement, de même que la possibilité de « se concentrer » sur une tâche. Les personnes se fatiguent plus vite, peuvent se sentir « lentes » ou « confuses » lorsqu’il y a trop de stimulations.
  • La fatigabilité cognitive apparaît rapidement : elle se manifeste par une lassitude, de l’irritabilité, une baisse de la motivation ou de la compréhension après un certain temps.
  • L’anxiété liée à la peur de ne pas réussir ou de ne pas comprendre peut freiner le désir de participer.

Ces contraintes nécessitent un ajustement des propositions de loisirs : il ne s’agit pas d’offrir des activités « infantilisantes » ou dévalorisantes, mais bien de respecter le rythme, les envies et l’histoire de chaque personne.

Les grands principes pour adapter les loisirs

  • Individualiser au maximum : se souvenir que la maladie n’efface ni le parcours de vie, ni les goûts, ni les compétences acquises. Une activité appréciée auparavant reste souvent source de plaisir, parfois à condition d’être simplifiée.
  • Favoriser la participation, pas la performance : il vaut mieux valoriser la démarche que le résultat.
  • Respecter le temps et le rythme : mieux vaut proposer des activités courtes et fréquentes qu’une longue séance pouvant générer de la fatigue ou de la frustration.
  • Sécuriser sans priver d’autonomie : l’environnement doit limiter le risque de chutes ou d’égarement, mais il est important de conserver des gestes « ordinaires » (mettre la table, trier du linge, arroser une plante...).
  • Travailler sur l’environnement : la lumière, le bruit, l’assise et la lisibilité du matériel utilisé contribuent à l’accès à l’activité.

Exemples concrets d’activités adaptées

Activités manuelles et artistiques

  • Mandalas à colorier avec des motifs simples et des couleurs prédécoupées : ils sont utilisés dans de nombreux ateliers, car ils sollicitent la coordination œil-main et le sens esthétique, sans exiger de mémoriser.
  • Modelage avec de l’argile autodurcissante ou de la pâte à sel : le contact sensoriel apaise et stimule les sensations, tout en permettant d'être dans l’action.
  • Découpage-collage à partir de magazines, pour créer des tableaux selon une consigne libre : travailler en duo (aidant et personne malade) permet à la fois de guider et de valoriser chacun.

Musique et stimulation sensorielle

  • Espace musical : organiser des écoutes de chansons ou musiques aimées, parfois en chantant avec la personne ou en dansant. La mémoire musicale résiste très longtemps à la maladie (source : Inserm).
  • Manipulation d’objets sensoriels : balles tactiles, coussins lestés, bacs à toucher ou à sentir (herbes aromatiques, tissus doux…). Ces propositions favorisent la concentration et la détente, même en cas de fatigue importante.

Activités de la vie quotidienne

  • Jardinage sur table (rempoter, semer, arroser des plantes aromatiques).
  • Participation à la cuisine en préparant des recettes simples et répétitives (éplucher, laver).
  • Pliage du linge, tri d’objets, mise en place de la table – des gestes connus, qui redonnent confiance.

Jeux et stimulation cognitive douce

  • Puzzles à grosses pièces, adaptés à l’acuité visuelle.
  • Jeux de devinettes, loto avec images, dominos avec associations simples : favoriser la mémoire implicite et les automatismes restés présents.

Adapter en fonction du stade de la maladie

Il est essentiel d’ajuster progressivement les activités, sans forcer, et d’être à l’écoute des signaux de fatigue ou de frustration. Les travaux du Pr Bruno Dubois (Hôpital de la Salpêtrière) ont montré que la continuité dans la pratique d’une activité, même sous une forme très allégée, stabilise l’humeur et les troubles du comportement.3 Voici quelques repères :

Stade Exemples d’adaptation
Léger Activités choisies en concertation ; jeux de mémoire, promenades, bricolage simple, sorties extérieures si possible.
Modéré Activités avec moins de consignes ; aide verbale ou gestuelle fréquente ; favoriser les routines et la répétition.
Sévère Stimulation sensorielle, musique, activités autour du toucher et de la voix ; adaptation de la durée (5 à 10 minutes par activité).

Mieux vivre l’épuisement et la variabilité de l’attention

En pratique, il n’est pas rare d’observer de grandes variations d’un jour à l’autre, ou selon la période de la journée. Plusieurs études (par exemple, Tappen et al., Journal of Gerontological Nursing, 2013) confirment que les capacités cognitives sont généralement meilleures le matin, ce qui peut guider le choix du moment pour proposer les activités.

  • Privilégier les séances le matin ou après la sieste, éviter en fin d’après-midi lorsque la fatigue est plus marquée.
  • Interrompre l’activité si elle génère de l’énervement ou de l’abattement : l’objectif est le plaisir, jamais la contrainte.
  • Prévoir un retour à une occupation calme (musique douce, relaxation, lecture d’images) après une activité plus stimulante.

Accompagner sans diriger : le rôle des proches et des soignants

Il est parfois tentant de prendre la place de la personne, dans le but de « faire à sa place » ou d’éviter l’échec. Pourtant, laisser l’initiative, en accompagnant par la parole ou par le geste, renforce l’autonomie — même lorsque le résultat paraît « modeste ». La Fédération Française des Aidants recommande d’enrichir le quotidien avec les choix de la personne, même lorsque la communication verbale devient difficile.4

  • Proposer, mais ne pas imposer.
  • Créer un environnement où l’on se sent en sécurité, sans jugement.
  • Reformuler la consigne et observer les réactions pour ajuster l’activité.
  • Encourager les micro-succès : un sourire, un geste accompli, comptent autant qu’un objectif « visible ».

Outils et ressources utiles

  • Livres : “Activités pour personnes âgées dépendantes” (Maryse Du Sordet, Dunod), “Vivre avec Alzheimer” (sous la direction de Serge Gauthier, Odile Jacob).
  • Sites : France Alzheimer; Fondation Médéric Alzheimer.
  • Matériels : Puzzles adaptés, jeux de manipulation (marques comme Hoptoys ou Ludo-éducatif).
  • Ressources en ligne : Fiches “Activités adaptées Alzheimer” sur le site de la Fondation Médéric Alzheimer.

Pour continuer à avancer

Adapter les loisirs en cas de troubles de mémoire ou de fatigue cognitive demande inventivité, patience et capacité d’écoute. Ces moments partagés offrent des instants précieux, où la maladie, sans disparaître, s’efface parfois derrière le plaisir d’être ensemble. Les évolutions à venir dans la recherche – notamment sur la stimulation multisensorielle – continueront à enrichir l’accompagnement et ouvriront, on l’espère, de nouvelles pistes pour maintenir la qualité de vie et la dignité de chaque personne concernée.

Sources : 1. Fondation Médéric Alzheimer, Baromètre 2022. 2. Haute Autorité de Santé, Recommandations de bonnes pratiques Alzheimer (2018). 3. Dubois B., Equipe de la Pitié-Salpêtrière. 4. Fédération Française des Aidants, Guides pratiques (2021).

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