Savoir agir en cas de crise d’agitation ou de confusion : repères essentiels pour les proches de personnes atteintes d’Alzheimer

15 novembre 2025

maladie-alzheimer-gral.com

Comprendre les crises d’agitation et de confusion : de quoi parle-t-on ?

La maladie d’Alzheimer et les maladies apparentées évoluent souvent avec des épisodes d’agitation ou de confusion aiguë. Ces épisodes, parfois qualifiés de “syndromes confusionnels” ou “états d’agitation”, traduisent une rupture passagère dans les repères de la personne. D’après la Fondation Médéric Alzheimer, jusqu’à 80% des personnes vivant à domicile ou en EHPAD présentent, au moins une fois dans l’évolution de la maladie, des comportements d’agitation marquée ou de confusion intense.

On parle de crise lorsqu’on observe des changements soudains tels que :

  • Des déambulations incessantes
  • Des gestes brusques envers l’entourage ou les objets
  • Des propos incohérents, des cris ou des plaintes répétées
  • Un refus de soins ou d’alimentation soudain
  • Des hallucinations, une peur intense, voire de l’agressivité

Ces troubles du comportement, particulièrement déstabilisants, sont généralement transitoires et ne reflètent pas la personnalité profonde de la personne.

Comprendre qu’il s’agit de réactions à un malaise, à une douleur, à une angoisse ou à une perte de repères est fondamental pour guider la façon d’intervenir (Haute Autorité de Santé, 2019).

Quelles sont les causes fréquentes de ces crises ?

Une crise d’agitation ou de confusion ne survient jamais “sans raison”. Identifier la cause, même après coup, permet de mieux accompagner et, parfois, d’éviter les récidives. Un panorama des facteurs déclencheurs s’impose.

  • Perturbations environnementales : un environnement trop bruyant, des changements d’habitudes, un déménagement ou un nouvel aménagement, une lumière agressive, ou tout simplement la visite inhabituelle de plusieurs personnes à la fois.
  • Causes médicales et physiques : une douleur non exprimée (arthrose, infection urinaire, constipation, troubles visuels ou auditifs non compensés), une fièvre, une déshydratation, des troubles du sommeil ou certains médicaments (anticholinergiques, corticoïdes, etc.). Selon une étude parue dans le Journal of the American Geriatrics Society, 1 hospitalisation sur 3 chez les personnes âgées serait consécutive à un syndrome confusionnel, souvent lié à une cause médicale réversible.
  • Causes psychologiques et relationnelles : sentiment d’abandon, anxiété, peur ou surcroît d’émotions négatives, frustration face à l’incompréhension de l’entourage.

Identifier ces causes, même après la crise, reste primordial pour envisager des actions de prévention individualisées (HAS, “Prise en charge des troubles du comportement”, 2019).

Les premiers réflexes à adopter pendant la crise

Face à une crise, la réaction du proche ou de l’aidant joue un rôle majeur dans l’apaisement. Voici des repères concrets, validés par la Société Française de Gériatrie et Gérontologie et l’expérience quotidienne du terrain.

  1. Se protéger et protéger la personne :
    • Ecarter tout objet dangereux ou susceptible d’être projeté.
    • Installer un environnement sécurisé : fermer doucement les portes d’accès à la cuisine, à la salle de bain, aux escaliers si nécessaire.
    • S’assurer que la personne n’est pas en risque de chute ou d’accident immédiat.
  2. Adopter une posture calme et rassurante :
    • Parler calmement, d’une voix posée et douce, en s’assurant que la personne perçoit la présence non menaçante de l’aidant.
    • Eviter toute dispute, commentaire culpabilisant ou cris ; ils risquent d’aggraver la crise.
  3. Limiter le nombre d’intervenants :
    • Une à deux personnes maximum ; la foule accentue la confusion.
  4. Proposer des repères sensoriels :
    • Eteindre la télévision ou la radio si le bruit semble pesant.
    • Ouvrir une fenêtre, proposer un verre d’eau ou la présence d’un objet familier (coussin, peluche, photo).

Ces actions visent avant tout à apaiser, sans infantiliser ni contraindre. Toute intervention intrusive doit être évitée, sauf danger immédiat.

Dialoguer pour apaiser, même en situation de grande confusion

L’instauration d’un dialogue est possible et parfois salvatrice. Il s’agit ici moins d’une conversation rationnelle que d’une présence empathique, fidèle à la philosophie de l’accompagnement “centré sur la personne”.

  • Se mettre à hauteur du regard, s’asseoir face à la personne si possible.
  • Employer des phrases courtes, claires, positives : “Je suis là, tout va bien”, “Je t’accompagne”.
  • Ne pas contredire de front, même en cas d’hallucination ou de fausse croyance. L’important est de reconnaître l’émotion qui s’exprime – peur, tristesse, colère – et non le contenu lui-même.
  • Privilégier le non-verbal : toucher la main, proposer un contact physique rassurant si la personne y est réceptive (attention : jamais de geste brusque ou inattendu).

D’après le rapport de l’HAS sur les troubles du comportement (2019), la validation empathique (méthode Naomi Feil) permet dans plus de 60% des cas une diminution significative de l’intensité des crises (source : Revue de Gériatrie, 2020).

Quand et comment demander un relais médical ?

Il n’est pas question de laisser la famille dans la gestion solitaire de ces épisodes. Certains signes doivent conduire rapidement à solliciter un professionnel de santé :

  • Chute ou blessure lors de la crise
  • Fièvre ou signes infectieux récents
  • Agravation brutale de l’état général (fatigue marquée, perte de conscience, incontinence soudaine)
  • Non-résolution de la crise après des mesures environnementales et relationnelles
  • Troubles du comportement invalidants, mettant en péril la sécurité ou la dignité de la personne et/ou de son entourage

Dans ces cas, la consultation du médecin traitant, d’un gériatre ou le recours aux urgences – en cas de suspicion de pathologie aiguë – est indispensable. Plusieurs enquêtes indiquent que jusqu’à 35% des hospitalisations urgentes de personnes vivant avec Alzheimer sont liées à des syndromes confusionnels sur cause médicale sous-jacente (source : Annals of Internal Medicine, 2022).

Un suivi rapproché avec une équipe mobile gériatrique à domicile peut également s’envisager pour éviter les hospitalisations répétées et accompagner la famille dans l’ajustement des prises en charge (source : Société Française de Gériatrie).

Prévenir les récidives : pistes pratiques

Après la crise, il est précieux de prendre un temps de recul : l’épisode peut être analysé afin d’imaginer des ajustements.

  • Créer ou renforcer une routine quotidienne : Repérer les moments propices à l’apaisement (musique douce, promenades, tâches valorisantes au domicile…) et éviter autant que possible les changements brusques d’organisation.
  • Tenir un “journal de bord” : Noter les circonstances, la durée de la crise, les éventuels déclencheurs et les mesures qui ont aidé à apaiser la situation. Ce cahier, outil précieux, facilite un dialogue efficace avec les professionnels de santé.
  • Adapter l’environnement : Privilégier un mobilier stable, un éclairage doux, des repères visuels fixes (horloge, calendrier, photos).
  • Respecter les rythmes physiologiques : Encourager des heures de coucher et de lever régulières ; veiller à une bonne hydratation et à la prise régulière des repas.
  • Ne pas négliger la douleur chronique : Adapter en lien avec le médecin, les traitements antalgiques et veiller à la prévention des douleurs “silencieuses” (ostéo-articulaires, dentaires…).
  • Solliciter des relais : Assistance infirmière, aides à domicile, plateforme de répit pour les aidants. Se reposer ponctuellement est parfois la meilleure façon de prévenir les crises à répétition.

Selon le guide de l’Association France Alzheimer (2023), ces mesures, personnalisées à chaque contexte familial, limitent jusqu’à 40% la survenue des crises sévères lorsque la prévention est anticipée.

Ce que ces situations disent de la relation et de l’accompagnement

Traverser une crise d’agitation ou de confusion ne se limite jamais à une simple gestion “comportementale”. Ces épisodes témoignent, d’abord, de la vulnérabilité temporaire d’une personne, mais aussi de la puissance de l’environnement familial ou institutionnel dans la prévention et l’apaisement.

L’approche relationnelle valorise toujours la dignité du proche, considère la famille non comme “inexpérimentée”, mais comme partenaire essentiel, riche de son histoire et de ses intuitions. Elle permet de remettre du sens là où la maladie voudrait ne laisser que du désarroi.

S’informer, se laisser accompagner et cultiver la bienveillance envers soi-même et la personne accompagnée restent les piliers d’un accompagnement durable et respectueux. Chaque crise peut devenir un apprentissage mutuel et enrichir la qualité du lien, dans la limite du possible, aux côtés des professionnels et avec le soutien du collectif.

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