Sélectionner les bons objets pour stimuler les sens : recommandations et bonnes pratiques en gérontologie

23 novembre 2025

maladie-alzheimer-gral.com

Pourquoi l’éveil sensoriel est-il si précieux face à Alzheimer ?

Stimulation sensorielle et maladie d’Alzheimer : un tandem reconnu. Plusieurs études (notamment celle de la Fondation Médéric Alzheimer, 2022) soulignent que la stimulation des cinq sens (vue, ouïe, toucher, goût, odorat) peut contribuer à réduire l’agitation, éviter l’isolement, susciter du plaisir ou décrocher des souvenirs persistants lorsque la mémoire déclarative fait défaut.

  • L’immersion sensorielle stimule des voies cérébrales souvent préservées tardivement.
  • Les repères sensoriels rassurent, et compensent certaines pertes (par exemple, le toucher pour une personne ayant perdu en acuité visuelle).
  • Les ateliers sensoriels génèrent du lien social et réduisent certains symptômes anxieux (source : ANESM/Haute Autorité de Santé).

Critères essentiels pour choisir objets et matériaux adaptés

La démarche ne consiste pas à multiplier les stimulations au hasard. Au contraire, trois axes directeurs guident le choix des objets et matériaux :

  1. Sécurité et hygiène : privilégier des matériaux non toxiques, faciles à désinfecter, exempts de risques d’ingestion ou de petites pièces détachables.
  2. Respect des capacités et préférences : personnalisation selon le vécu, l’histoire sensorielle et le stade d’avancement de la maladie.
  3. Facilité de préhension et d’usage : opter pour des objets ergonomiques, robustes, adaptés à la force de préhension (qui baisse souvent avec l’âge).

Objets recommandés pour la stimulation du toucher

Le toucher est un sens particulièrement sollicité chez les personnes ayant des troubles cognitifs, car il demeure souvent vivace même lorsque la vue ou l’ouïe diminuent. Les objets à textures variées permettent de stimuler la curiosité, le plaisir et parfois même de rétablir un sentiment d’apaisement.

  • Tapis sensoriels : personnalisés ou achetés, ils combinent différentes matières (velours, laine, cuir, plastique souple). Un atelier textile, même simple, favorise la motricité fine – une expérience validée dans de nombreux EHPAD.
  • Balles à picots ou molles : elles stimulent la proprioception et peuvent accompagner des exercices de gymnastique douce.
  • Foulards, rubans et tissus colorés : utilisés pour des jeux, ils améliorent la sensibilité tactile.
  • Objets lestés : coussins lourds, peluches ou écharpes lestées, appréciés pour leur effet contenant et rassurant.

Plusieurs recherches (Journal of Alzheimer’s Disease, 2018) ont montré que la manipulation régulière d’objets aux textures variées favorise la communication non verbale et diminue certains comportements d’agitation.

Matières à privilégier : naturels ou synthétiques ?

La nature des matériaux sollicités a une vraie importance. Les objets réalisés à partir de matières naturelles (bois, coton, laine) sont généralement bien acceptés et rappelle des expériences vécues plus jeunes : ces matières ne sont pas seulement apaisantes par leur texture mais aussi par leurs odeurs ou leur chaleur au toucher. Pour autant, certains plastiques souples, modernes et colorés, peuvent aussi être appropriés lorsqu’ils sont hypoallergéniques et robustes.

Bons réflexes :

  • Le bois poli (non verni, pour éviter les solvants) est idéal pour des objets à manipuler (formes à assembler, puzzles simples…)
  • Le tissu lavable (coton, polaire) favorise les ateliers d’effleurement ou de création de doudous sensoriels.
  • Attention aux matières irritantes ou trop froides (métal, plastique dur), susceptibles d’être mal perçues si la sensibilité cutanée est altérée.

La stimulation olfactive : odeurs familières et souvenirs

L’odorat est un sens puissant et souvent encore accessible au stade léger ou modéré d’Alzheimer. L’olfaction met en jeu la mémoire émotionnelle : certaines odeurs sont capables de réveiller des souvenirs bien plus anciens que des mots ou des images.

  • Boîtes à odeurs : utilisez de petits flacons ou contenants, remplis de café, vanille, cannelle, lavande, herbes aromatiques du jardin…
  • Coussins ou peluches parfumées : à base d’huiles essentielles douces (attention aux allergies et contre-indications, surtout en cas d’antécédents respiratoires).
  • Ateliers cuisine ou herboristerie : manipuler des agrumes, sentir la pâte à pain fraîche, ou des bouquets d’aromates.

La Fondation Recherche Alzheimer rappelle qu’à condition d’éviter les odeurs trop fortes (qui deviennent vite envahissantes), ces ateliers peuvent réduire les troubles anxieux et relancer la communication autour du partage de souvenirs (“Cela sent comme la maison de mon enfance…”).

Audio et stimulation musicale : sons, voix, ambiances

L’audition, souvent touchée par le vieillissement, peut cependant rester porteuse d’émotions intenses. Les supports sonores ne se résument pas à la musique : il s’agit aussi de faire entendre des sons du quotidien ou du passé, en travaillant l’ambiance générale.

Quels objets choisir ?

  • Instruments de musique simplifiés : maracas, petits tambours, xylophones (à percussion douce). La manipulation directe encourage la participation.
  • Boîtes à musique, peluches musicales : très utilisées dans certains PASA (Pôles d’Activité et de Soins Adaptés) avec effets souvent immédiats sur les humeurs.
  • Enregistrements de sons : bruitages de pluie, chants d’oiseaux, bruits de rivière ou sons urbains, pour travailler la reminiscence.

Selon la Société Alzheimer Canada, la musique du répertoire personnel (chansons connues, airs d’enfance) stimule des zones du cerveau très préservées dans la démence, ce qui peut améliorer les relations et diminuer les symptômes d’apathie (source : https://alzheimer.ca/).

Vue et perception visuelle : lumière, couleurs, formes

Quand la cognition décline, la perception visuelle peut s’altérer, tout en demeurant un levier puissant pour éveiller l’intérêt et éviter l’inhibition. Plusieurs outils sont adaptés, à condition de respecter certaines précautions : pas de sur-stimulation, attention aux contrastes forts (effet d’éblouissement ou de confusion possible).

  • Panneaux sensoriels visuels : grands tableaux d’activités avec emplacements colorés, images en relief, miroirs sécurisés, éléments mobiles.
  • Livres d’images grands formats : photographies familières (saisons, métiers, paysages locaux, animaux…).
  • Jeux de lumières tamisées : lampes à fibre optique, projecteurs de formes douces, guirlandes LED aux teintes chaudes.

Selon la Fondation Alzheimer, une exposition régulière et douce à des couleurs vives, surtout dans des environnements où prédominent les teintes neutres, supporte la vigilance et la temporalité.

Goût et stimulation gustative : de l’éveil à l’appétit

Toucher, sentir, mais aussi goûter : la stimulation du goût est parfois négligée, alors qu’elle est fondamentale, même à un stade évolué de la maladie. Cela nécessite une vigilance accrue, du fait des risques de fausses routes ou de troubles de la déglutition (dysphagie).

  • Plateaux sensoriels alimentaires : proposer de petites bouchées aux saveurs tranchées (sucré, salé, acide, amer) mais à texture lisse et fondante pour limiter le risque (purées, mousses…)
  • Ateliers pâtisserie et préparation de recettes simples : ils encouragent la participation et la valorisation de soi.
  • Jeux de reconnaissance à l’aveugle : deviner un ingrédient, une confiserie, une épice…

Selon le Centre Mémoire de Ressources et de Recherche (CMRR, Toulouse Purpan), l’exposition régulière à de nouveaux goûts stimule l’appétit tout en favorisant le plaisir du partage, geste encore porteur de sens.

Utiliser la multisensorialité : espaces Snoezelen et pratiques innovantes

Des dispositifs combinant plusieurs sens à la fois (espace Snoezelen, chariots multisensoriels, jardins thérapeutiques) sont présents dans de plus en plus de structures. Le principe ? Offrir un environnement contrôlé, sécurisant, avec des objets et matériaux sollicitant simultanément toucher, vue, ouïe, voire odorat.

  • Colonnes à bulles et tapis lumineux (effet visuel + sonore, pour la détente)
  • Jardins sensoriels (plantes aromatiques à toucher et sentir, petites fontaines, allées sablées…)
  • Chariots mobiles multisensoriels : proposant une gamme d’objets à adapter selon la situation du jour.

Les évaluations disponibles concluent à une réduction notable de l’agitation et des troubles du comportement dans 67% des cas après des séances Snoezelen régulières (source : Institut de Recherche en Santé Publique, 2019).

Ouvrir la porte aux proches et à la vie quotidienne

L’approche sensorielle ne se résume pas aux dispositifs institutionnels. L’environnement familial regorge de ressources précieuses : albums photo, vêtements anciens, coussins faits main, écharpes tricotées, radio d’époque, jeux de société simplifiés et objets de collection… Ces éléments portent une charge émotionnelle irremplaçable.

Encourager la famille à apporter des objets familiers, à construire des boîtes à souvenirs, ou à animer des ateliers sensoriels dans l’intimité, permet d’ancrer encore davantage l’accompagnement dans la réalité du quotidien et dans l’histoire du patient.

Vers une démarche toujours personnalisée

Choisir les bons objets, c’est d’abord se poser la question : à quelle histoire et à quels besoins sensoriels souhaite-t-on répondre ? L’éveil des sens ne s’improvise pas et nécessite écoute, observation et ouverture à l’inattendu. Multiplier les expériences, tout en restant attentif(s) au bien-être, compose la meilleure des stimulations. Cette démarche progressive permet de valoriser chaque moment partagé, tout en respectant l’intégrité et la dignité de chaque personne accompagnée.

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