Construire un plan de sécurité adapté à chaque personne Alzheimer : étapes et conseils pratiques

29 octobre 2025

maladie-alzheimer-gral.com

Pourquoi la sécurité personnalisée est essentielle dans l’accompagnement Alzheimer

La sécurité fait partie des premières préoccupations lorsqu’on accompagne une personne atteinte de la maladie d’Alzheimer. En France, 1,2 million de personnes vivent avec une pathologie apparentée (Santé publique France, 2022), et près de 60 % des aidants familiaux déclarent craindre les accidents domestiques ou les situations de fugue (France Alzheimer, enquête 2022). Mais si la vigilance est nécessaire, il est également crucial de préserver l’autonomie, la dignité et le bien-être de la personne. C’est dans cette optique qu’un plan de sécurité personnalisé trouve tout son sens, car les besoins évoluent avec le stade de la maladie, l’histoire de vie, les habitudes et l’environnement de chacun.

Appréhender les risques spécifiques à la maladie d’Alzheimer

Les risques liés à Alzheimer varient selon l’environnement (domicile, établissement), le stade de la maladie et les ressources du quotidien. Prendre le temps de les comprendre aide à anticiper des situations parfois imprévisibles.

  • Errance et fugue : Environ 40% des personnes diagnostiquées risquent, à un moment ou un autre, de sortir sans surveillance (HAS, 2018).
  • Accidents domestiques : Chutes (première cause de décès accidentels chez les plus de 65 ans), brûlures, intoxications (médicaments, produits ménagers) et accidents de la route avec maintien intempestif de la conduite.
  • Malnutrition, déshydratation : La perte du goût, de l’odorat, ou le trouble de la reconnaissance des aliments exposent à ces risques, parfois ignorés en début de maladie.
  • Vulnérabilité face aux arnaques ou violences : Les troubles cognitifs peuvent rendre la personne plus vulnérable, notamment à domicile.

La personnalisation du plan de sécurité dépend donc d’une évaluation préalable, réalisée avec l’équipe de soins si possible, mais surtout avec la personne concernée et son entourage.

Étape 1 : Évaluer les besoins et la situation individuelle

Un plan de sécurité efficace commence toujours par une évaluation minutieuse. Elle prend en compte :

  • L’autonomie actuelle : Capacité à se déplacer seul(e), à comprendre des consignes simples, à répondre au téléphone, à utiliser des équipements domestiques (plaques de cuisson, robinet, etc.).
  • L’environnement physique : Maison ou appartement ? Présence d’escaliers ? Douche de plain-pied ? Proximité du voisinage ou isolement ?
  • L’entourage : Habite-t-elle seule ou avec un proche ? Fréquence des visites ? Peut-on compter sur une présence régulière ou sur des relais extérieurs ?
  • Les habitudes de vie : Heures de sortie, habitudes de préparation des repas, routine médicale.
  • Le stade de la maladie : Phase légère, modérée ou avancée ? Les recommandations évoluent avec le temps (HAS).

N’hésitez pas à utiliser des grilles d’évaluation référencées, comme la grille AGGIR (utilisée en EHPAD), ou à faire appel à des professionnels de l’aide à domicile pour une évaluation à 360°.

Étape 2 : Adapter le domicile, pièce par pièce

La sécurisation du domicile ne consiste pas à tout verrouiller, mais à réaménager pour anticiper les situations à risque tout en préservant des repères familiers essentiels à la sécurité affective.

1. Entrées et sorties

  • Installer des verrous discrets ou des alarmes de porte (avec avertisseur sonore) pour repérer les sorties inopinées sans créer de sentiment d’enfermement.
  • Utiliser si besoin un système de localisation géolocalisée (bracelet, médaillon connecté) après avoir recueilli le consentement de la personne.

2. Cuisine

  • Préférer des plaques à induction (arrêt automatique en cas d’oubli).
  • Stocker produits dangereux et médicaments hors de portée ou dans un meuble fermé à clé.
  • Marquer clairement les repères sur les robinets et appareils ménagers (étiquettes, codes couleurs).

3. Salle de bain et toilettes

  • Installer des tapis antidérapants, des barres d’appui adaptés et, si possible, une douche de plain-pied.
  • Limiter la température de l’eau chaude (thermostat à 38°C max sur le chauffe-eau).

4. Escaliers et circulations

  • Éclairer toutes les zones de passage, installer des rampes solides et retirer ou fixer les tapis susceptibles de faire trébucher.
  • Pensez à baliser le chemin vers les toilettes (veilleuse, autocollants lumineux au sol).

5. Chambre

  • Opter pour un lit de bonne hauteur, facile à enjamber, sans barreaux ni obstacles autour.
  • Laisser à portée de main un téléphone ou un système d’appel à distance.

Étape 3 : Prévenir et gérer le risque de fugue

La fugue reste une préoccupation majeure, surtout chez les personnes ayant conservé une bonne mobilité. Elle peut survenir à la suite d’un sentiment d’angoisse, d’un désir de retrouver un lieu familier ou lors de routines mal comprises. Selon l’Assurance maladie, près de 20 000 alertes annuelles sont signalées pour des disparitions de personnes vulnérables (Ameli.fr).

  • Organiser un repérage dans le quartier avec la personne et les voisins : informer quelques commerçants ou voisins proches, leur fournir une photo si besoin.
  • Mettre en place un bracelet d’identification avec nom, prénom et numéro d’appel d’urgence.
  • Informer la police municipale, qui maintient souvent un registre discret pour alerter rapidement en cas de disparition.
  • Maintenir une routine quotidienne prévisible, qui rassure et limite les envies d’errance.

Il est important de rappeler que la technologie (géolocalisation, téléassistance) ne remplace pas le lien humain et de vérifier toujours le respect de la vie privée et des droits de la personne.

Étape 4 : Anticiper les risques alimentaires et médicaux

L’alimentation et la gestion des médicaments doivent être surveillées de près, sans pour autant infantiliser ni retirer d’un coup toute autonomie.

  • Privilégier les boîtes à pilules électroniques avec alarme ou dosettes préparées par l’infirmière ou le pharmacien.
  • Planifier les repas avec la personne, proposer des aliments déjà découpés ou faciles à manger si des troubles de la préhension apparaissent.
  • Surveiller la consommation d’eau, surtout en période de chaleur : placer des verres à portée de main, instaurer des rappels oraux ou visuels.

Le risque d’intoxication, souvent sous-estimé, est responsable de 800 hospitalisations annuelles chez les personnes âgées en lien avec la maladie d’Alzheimer (données Santé publique France).

Étape 5 : Prévenir la maltraitance, les abus et les arnaques

La vigilance doit porter aussi sur la sécurité « sociale » : démarchage abusif, vols à la fausse qualité, violences parfois intrafamiliales. Selon l’enquête « Cadre de vie et sécurité » menée par l’INSEE, 5% des personnes de plus de 75 ans ont été confrontées à une tentative d’escroquerie en 2021.

  • Limiter l’accès des démarcheurs à la personne : mettre un panneau « Pas de démarchage » à l’entrée, privilégier l’accompagnement lors des signatures de documents officiels.
  • Demander l’intervention de la banque pour mettre en place une double vérification sur les retraits ou virements inhabituels.
  • Participer aux ateliers de prévention proposés par les CCAS (Centre Communal d’Action Sociale) ou les associations locales de familles (UDAF, France Alzheimer).
  • Informer la personne, sans dramatiser, des techniques d’arnaque courantes (harcèlement téléphonique, faux agents EDF, etc.).

Étape 6 : Sécuriser les déplacements et la conduite automobile

La conduite doit être réévaluée régulièrement : environ 9% des personnes avec un diagnostic de maladie d’Alzheimer à un stade précoce continuent de conduire en France (Société Francophone de Médecine Gériatrique, 2019). La loi impose d’ailleurs une déclaration auprès de la préfecture en cas de troubles susceptibles de gêner la sécurité au volant. Des dispositifs existent : visites médicales, simulateurs de conduite, accompagnement pour organiser l’arrêt progressif.

  • Accompagner la réflexion autour de l’arrêt de la conduite (sans brutalité).
  • Favoriser les transports accompagnés ou partagés, ou l’organisation de réseaux de voisins pour certains déplacements.
  • Pensez à la carte mobilité inclusion pour faciliter l’accès aux transports adaptés.

Étape 7 : Impliquer la personne et les proches à chaque étape

Un plan de sécurité véritablement respecté ne s’impose jamais sans concertation. Solliciter l’avis de la personne, même si la communication devient difficile, faire appel à ses souvenirs, à ses routines passées, c’est aussi lui permettre de rester acteur de sa propre sécurité.

  • Proposer des outils visuels pour faciliter les suggestions (photos, dessins, repères de couleur).
  • Impliquer régulièrement tous les proches concernés : réunions de famille, contacts avec le médecin traitant ou le gériatre, sollicitation du voisinage fiable.
  • Actualiser le plan tous les 3 à 6 mois ou à chaque changement notable dans l’état de santé ou l’environnement.

Étape 8 : S’appuyer sur les professionnels et sur les dispositifs de soutien

La surcharge d’information et l’isolement des aidants sont souvent relevés : 62% d’entre eux disent manquer de points d’appui pour mettre en place les mesures de sécurité (France Alzheimer). Voici quelques pistes :

  • Prendre contact avec une MAIA (Maison pour l’Autonomie et l’Intégration des personnes Alzheimer) pour coordonner l’évaluation globale et organiser les relais nécessaires.
  • Demander l’intervention d’un ergothérapeute pour l’adaptation du domicile (intervention qui peut être financée en partie par la caisse de retraite ou la MDPH selon les cas).
  • Consulter les services de téléassistance (présents sur tout le territoire via les conseils départementaux et les mutuelles).
  • Explorer les aides financières (APA, caisses de retraite, caisse d’allocations familiales) pour l’achat ou la location de matériel de sécurité.

Enjeux d’un plan de sécurité au long cours : soutenir l’autonomie, pas la remplacer

La sécurité ne doit jamais signifier enfermement ou privation d’autonomie. C’est un accompagnement évolutif qui vise à permettre à la personne de poursuivre sa vie dans ses repères, tout en maîtrisant les risques. Adapter, co-construire et réviser régulièrement le plan de sécurité permet de concilier respect, dignité et tranquillité d’esprit pour tous.

Plusieurs guides spécifiques sont consultables, notamment ceux publiés par la HAS ou les associations telles que France Alzheimer ou France Parkinson, qui proposent des check-lists et des documents pratiques.

La sécurité, pensée comme un chemin d’équilibre, est à construire ensemble, jour après jour, et s’ajuste avec l’écoute, l’expérience et la confiance partagée.

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