Former les aidants : maîtriser la prévention des risques au quotidien avec Alzheimer

24 octobre 2025

maladie-alzheimer-gral.com

Comprendre la prévention des risques : un enjeu central pour les aidants

Accompagner une personne atteinte de la maladie d’Alzheimer ou de troubles apparentés exige d’aller bien au-delà de la bienveillance naturelle. Les risques liés à la perte de repères, à la confusion et aux gestes du quotidien représentent un véritable défi pour les aidants. Selon Santé Publique France, près de 2 millions de personnes en France prennent soin d’un proche souffrant de troubles cognitifs (source). Pour elles, la prévention des risques – chutes, accidents domestiques, fugues, dénutrition, complications médicales – est au cœur des préoccupations.

Une étude de France Alzheimer (2022) indique que 57 % des aidants familiaux disent se sentir « en insécurité » face à des situations imprévues ou à risque. La formation est donc un levier essentiel, non seulement pour rassurer, mais aussi pour sécuriser l’environnement du proche aidé.

Pourquoi former les aidants ? Un impact concret sur la sécurité et la qualité de vie

  • Mieux anticiper les risques : La maladie d’Alzheimer est imprévisible, mais certains gestes et routines permettent de limiter l’exposition aux dangers. La formation aide à repérer les signaux d’alerte.
  • Favoriser l’autonomie : Adapter l’environnement et les pratiques permet à la personne aidée de rester acteur de son quotidien, dans des conditions de sécurité maîtrisées.
  • Réduire le stress des aidants : Une personne formée sait réagir face à un danger (chute, confusion, crise d’angoisse), ce qui diminue son anxiété et celle de son proche.
  • Savoir quand et comment relayer : Reconnaître ses propres limites fait partie des compétences à acquérir. La formation aborde aussi la gestion de la fatigue et les relais possibles.

Quels risques prévenir au domicile ?

De nombreux risques sont spécifiques à la maladie d’Alzheimer. Les plus fréquents, identifiés par la Haute Autorité de Santé (HAS), concernent :

  • Les chutes (première cause d’hospitalisation des plus de 80 ans ; source : Ministère de la Santé)
  • Les fuites, fugues, errance, notamment lors des phases de confusion ou la nuit
  • Les accidents domestiques : brûlures, intoxications, coupures, noyades
  • Les troubles nutritionnels : risques de déshydratation ou de dénutrition, parfois difficilement repérés
  • L’aggravation des troubles comportementaux en raison d’environnements inadaptés (bruits, éclairage, objets dangereux mal rangés)

Mieux connaître ces risques, c’est déjà savoir où agir.

Identifier les besoins de formation des aidants

  • Former ne veut pas dire surcharger. Les formations efficaces sont progressives, ciblées, adaptées au vécu de chaque aidant.
  • L’évaluation préalable des connaissances (questionnaire, entretien, échange) permet de personnaliser l’accompagnement.
  • Les aidants demandent avant tout :
    • Des conseils concrets, applicables dès le lendemain
    • Des démonstrations pratiques (gestes de manutention, installation d’aides techniques)
    • Des supports visuels faciles d’accès
    • Un espace pour poser leurs questions sur de vraies situations rencontrées

Une enquête de la Fondation Médéric Alzheimer montre que 72 % des aidants jugent « utile voire indispensable d’être formés aux gestes de prévention à domicile » (source).

Les thématiques clés à aborder lors des formations

  1. Adapter l’environnement
    • Optimiser l’éclairage (éclairage automatique, veilleuses nocturnes)
    • Bannir les tapis glissants et les meubles bas dans les zones de passage
    • Sécuriser la salle de bain (barres d’appui, tapis antidérapants, siège de douche)
    • Installer des systèmes d’alerte (médaillons d’alarme, contacteurs auditifs ou visuels, serrures anti-fugue sur les portes)
  2. Prévenir les chutes
    • Sensibilisation sur l’équilibre et la mobilité : apprentissage des bons gestes de transfert
    • Utilisation d’aides à la marche, démonstration de leur bon usage
    • Exercices simples pour renforcer l’autonomie motrice (inspirés de la méthode de prévention « Prévention des chutes » de l’Assurance Maladie)
  3. Réagir face à une crise ou à une chute
    • Adopter une communication rassurante, parler posément
    • Évaluer rapidement la gravité de la situation, alerter le 15 si besoin
    • Apprendre à manipuler la personne avec douceur pour la mise en sécurité, en évitant les gestes brusques (démonstrations sur mannequin ou en atelier supervisé)
  4. Prévenir la dénutrition et la déshydratation
    • Savoir repérer les signes d’alerte (perte de poids, refus de boire, changement de comportement alimentaire)
    • Adapter les repas (portage à domicile, textures modifiées en cas de troubles de la déglutition)
    • Créer des routines : verres d’eau à portée de main, rappels verbaux réguliers
  5. Sensibiliser à l’usage sécurisé des médicaments
    • Rangement sécurisé loin des accès libres
    • Mise en place d’un pilulier hebdomadaire avec suivi
    • Limiter l’automédication et apprendre à détecter les effets indésirables
  6. Communiquer pour éviter certains risques comportementaux
    • Méthodologie de l’écoute active : poser des questions simples, éviter les injonctions, privilégier les choix guidés
    • Techniques de désescalade en cas d’agitation, d’opposition ou de crise aiguë

Quel format et quel contenu pour une formation efficace ?

Les formats qui rencontrent le plus de succès reposent sur l’échange, la pratique et l’empathie. Les points suivants sont clés :

  • Groupes en présentiel : Ateliers de 6-10 personnes animés par un professionnel expérimenté (ergothérapeute, infirmier coordinateur, psychologue gérontologique). Les démonstrations et mises en situation rendent l’apprentissage plus concret.
  • Supports numériques : Tutoriels vidéo (par exemple sur le bon transfert lit-fauteuil), quizz interactifs, fiches-actions accessibles en ligne (voir la plateforme « Ma boussole aidants »).
  • Visites à domicile par un intervenant formé : Personnalisation de la prévention, adaptation concrète à l’agencement et aux habitudes du binôme aidant/aidé.
  • Temps d’échange entre aidants : Partage d’expérience pour sortir de l’isolement, se sentir soutenu et découvrir d’autres astuces.

Le dispositif « RePairs Aidants » porté par l’Association Française des Aidants montre qu’un cycle de formation sur 2 à 6 demi-journées réduit de 32 % le sentiment d’impuissance et d’isolement chez les participants (source : France Alzheimer).

Techniques et outils concrets à privilégier

  • Les check-lists de sécurité : à afficher dans l’entrée ou la cuisine, pour vérifier chaque jour l’absence d’obstacles, la sécurité électrique, la fermeture des portes, etc.
  • Les pictogrammes et étiquettes : pour guider la personne et organiser la cuisine ou les armoires en toute simplicité.
  • Le carnet de suivi : pour noter incidents, évolutions, comportements inhabituels – très utile pour anticiper, dialoguer avec les professionnels, et se rassurer sur la continuité des soins.
  • Les simulateurs de situation (proposés dans certaines plateformes de répit ou en ligne) pour s’entraîner à réagir sans stress à des scénarios réalistes.

Tous ces outils devraient être intégrés progressivement, sans bouleverser les repères du proche atteint d’Alzheimer. L’adaptation au fil de la maladie est primordiale : ce qui s’avère efficace aujourd’hui peut devoir évoluer dans six mois.

Où se former ?

  • Associations spécialisées proposent de nombreux ateliers gratuits ou à coût modique (France Alzheimer, Fondation France Répit, Association Française des Aidants, Unafam, Fondation Médéric Alzheimer).
  • Plateformes de répit et d’accompagnement des aidants  : Ces structures locales, impulsées par l’Agence Régionale de Santé, sont présentes dans la majorité des départements (Voir carte et ressources sur pour-les-personnes-agees.gouv.fr).
  • Formations numériques en libre accès : Webinaires, modules vidéo (AlzJunior, HandiFormation, Ma Boussole Aidants), podcasts pratico-pratiques.
  • Structures hospitalières ou réseaux gérontologiques proposent parfois des formations et permanences, ouvertes aux familles.

Impliquer la personne aidée dans la démarche de prévention

La prévention n’est jamais une simple affaire de dispositifs sécuritaires. Les experts (Société Française de Gériatrie et Gérontologie, HAS) insistent sur un point : il est essentiel d’associer la personne touchée par la maladie à l’adaptation de son environnement autant que possible.

  • Expliquer calmement les aménagements, solliciter son avis sur des couleurs, accessoires, organisation des objets familiers
  • Ne pas retirer brutalement des repères, privilégier la continuité et la modulation progressive des changements
  • Valoriser tout ce que la personne réalise seule, même si ce sont de « petites victoires »

Impliquer le proche, c’est respecter sa dignité et renforcer l’acceptabilité des mesures de prévention – une démarche toujours recommandée par les professionnels sur le terrain.

Pour aller plus loin : ressources et dispositifs d’accompagnement

  • Permanences téléphoniques (Alzheimer Info Service : 0 805 69 80 47, anonyme et gratuit, 7j/7)
  • Sites de référence : France Alzheimer, Pour-les-personnes-agees.gouv.fr, Association Française des Aidants
  • Brochures téléchargeables : « Vivre avec Alzheimer à domicile » (Fondation Médéric Alzheimer), guides pratiques d’aménagement (ANAH, CNSA)
  • Portails régionaux listant les aides techniques et les formations proches du domicile

L’assurance de gestes maîtrisés : renforcer la confiance des aidants au fil du temps

De nombreux aidants expriment leur crainte de ne pas « bien faire ». Les formations rappellent qu’il n’existe pas de solution miracle ou universelle, mais des adaptations au fil de la relation et des évolutions de la maladie. Se former, c’est accepter d’apprendre, de se tromper, d’ajuster, et de partager ses doutes.

Au-delà de la sécurité, former les aidants aux gestes de prévention, c’est donner à chacun la possibilité de préserver le bien-être physique et moral du proche, tout en trouvant un équilibre pour soi-même. L’enjeu est d’accompagner en confiance, avec des repères fiables, dans le respect du vécu de chacun – en s’appuyant sur les ressources d’un réseau solidaire d’aidants et de professionnels.

Pour aller plus loin

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