Jeux de mémoire : un allié concret pour accompagner les personnes Alzheimer

12 novembre 2025

maladie-alzheimer-gral.com

Comprendre l’intérêt des jeux de mémoire dans la maladie d’Alzheimer

La maladie d’Alzheimer impacte progressivement la mémoire, les fonctions cognitives et l’autonomie. Toutefois, la stimulation cognitive, dont les jeux de mémoire sont un pilier, fait partie des stratégies recommandées par la Haute Autorité de Santé (HAS) pour ralentir le déclin et préserver la qualité de vie. La plasticité cérébrale persiste, même à un stade avancé : solliciter l’attention, le rappel ou l’association d’idées peut renforcer les réseaux encore fonctionnels, tout en apportant du plaisir et du lien social.

Selon l’INSERM, les activités stimulantes réduisent non seulement le risque de déclin cognitif (source : Inserm), mais elles contribuent aussi à limiter les troubles du comportement et à maintenir une part d'autonomie. Les jeux de mémoire ne se limitent pas aux mots croisés ou aux jeux sur tablette : ce sont toutes les activités qui font appel au souvenir, à l’attention, à l’observation ou à la logique, adaptées au rythme et aux capacités de la personne.

Quels jeux de mémoire choisir ? Adapter en fonction du stade de la maladie

Chaque personne Alzheimer est unique, et les capacités évoluent au fil des stades. Il est primordial de sélectionner des jeux centrés sur les intérêts de la personne, et de rester attentif à l’apaisement ou au plaisir procuré. Voici comment orienter son choix, en tenant compte des recommandations de terrain et des retours familiaux.

  • Stades légers à modérés :
    • Jeux de loto-images, memory (paires visuelles simples), jeux de mots ou d’associations d'idées.
    • Puzzles à nombre limité de pièces, jeux de différences entre images, petits quiz thématiques.
    • Applications de stimulation cognitive validées par des centres mémoire (ex : HappyNeuronPRO, Stim’Art).
    • Petites énigmes visuelles, activités d’association (couleurs, objets du quotidien, sons).
  • Stades modérés à sévères :
    • Jeux de reconnaissance sensorielle : toucher (sacs mystères d’objets familiers), odeur, goût (deviner des aliments simples).
    • Albums photos légendés à manipuler, lotos sonores (bruits du quotidien), jeux d’association simplifiées (gros jetons colorés, images contrastées).
    • Chansons à compléter, évocation de souvenirs par mots-clés, activité de tri d’objets familiers.
  • Adaptation individuelle :
    • S’appuyer sur les centres d’intérêt personnels augmente la motivation (ex : un passionné de jardin aimerait un loto des fleurs).
    • Éviter la compétition, privilégier la collaboration et le partage.
    • Simplifier ou complexifier à la demande, sans jamais infantiliser.

L’impact des jeux de mémoire selon les études

Des études cliniques ont montré que la stimulation cognitive régulière, incluant des jeux de mémoire adaptés, peut retarder la progression des troubles cognitifs de 6 à 12 mois chez certains patients (source : Alzheimer’s Society). Une méta-analyse publiée dans le Journal of Alzheimer’s Disease en 2022 souligne que les jeux de mémoire, pratiqués deux à trois fois par semaine, améliorent surtout l’attention, la reconnaissance visuelle et la mémoire de travail.

  • Jouer favorise la communication : 8 personnes sur 10 expriment plus facilement des émotions positives après une séance de jeux mémoire (Retraite Plus, 2023).
  • L’engagement dans une routine de stimulation diminue l’agitation et l’isolement social, deux situations fréquemment rapportées dans les EHPAD (source : Fondation Médéric Alzheimer).
  • Quand les proches participent à ces activités, le lien est renforcé et la qualité de la relation en bénéficie.

Conseils concrets pour organiser des jeux de mémoire

Principes de base

  • Privilégier des durées courtes (10 à 20 minutes), renouvelées dans la semaine, à la place de longues sessions qui fatiguent.
  • Installer la personne dans des conditions rassurantes : calme, pas de bruits parasites, ni de lumière agressive.
  • Avant de débuter, valoriser le plaisir du jeu plutôt que la réussite du résultat.
  • Garder une attitude encourageante et bienveillante, accentuer les encouragements, mais sans exagération.

Exemples d’activités à animer chez soi ou en établissement

  1. Memory avec photos de famille ou objets du quotidien : sélectionner 6 ou 8 paires, les retourner, demander à la personne de retrouver les paires, raconter des anecdotes pour chaque objet reconnu.
  2. Quiz "souvenirs de chansons" : faire écouter un début de chanson, demander la suite ou simplement de fredonner.
  3. Loto sonore : reconnaître le bruit d’un objet : cloche, clé, eau qui coule. Inviter la personne à nommer ou pointer l’objet.
  4. Tri d’objets par catégorie : aliments, vêtements, couleurs ou matières, avec de gros objets faciles à saisir.
  5. Reconnaissance tactile : glisser la main dans un sac et deviner au toucher un gant, une balle, une cuillère.

Adapter, observer, ajuster

  • Être attentif aux signes de gêne ou de fatigue (regard fuyant, réponses évasives, nervosité). Mieux vaut arrêter ou passer à une activité apaisante.
  • Pouvoir réajuster les consignes ou simplifier les règles si besoin. Parfois, le jeu trouve une autre forme à partir de l’intérêt du moment.
  • Intégrer ces jeux dans la routine permet d’ancrer des repères, importants dans la maladie d’Alzheimer.

Ressources utiles et innovations récentes

Plusieurs plateformes et associations proposent des jeux validés, créés ou adaptés spécifiquement pour les personnes souffrant de troubles cognitifs :

  • France Alzheimer : fiches d’activités, jeux téléchargeables, conseils personnalisés (France Alzheimer).
  • HappyNeuronPRO : jeux cognitifs en version papier et sur tablette, adaptés aux différents niveaux (Reconnu par la Fédération Française des Centres Mémoire).
  • Stim'Art : coffrets physiques pour domicile ou établissements.
  • Applications gratuites sur tablette : « Cognifit », « Lumosity » (à utiliser en version basique, adaptées par un aidant).
  • Les Maisons de retraite et EHPAD : souvent équipés de mallettes de jeux, organisent des ateliers mémoire hebdomadaires.

Ce que disent les familles et les professionnels

Plusieurs familles témoignent que les jeux de mémoire ont remis en place des rituels appréciés, rompu la monotonie et permis à la personne de "retrouver un peu d'elle-même", même sur un temps court. Des professionnels rapportent que les ateliers participatifs ont, dans certains cas, contribué à réduire la prise de traitements anxiolytiques liés à l’agitation (chiffres issus d’enquêtes internes, non généralisables mais encourageants).

Il est cependant important de rappeler que tous les jeux ne conviennent pas à tous. L’écoute, le respect du rythme et l’ajustement du matériel sont essentiels, tout comme l’absence de jugement. Les échecs ne sont pas à éviter : il s’agit de partager un moment, de reconnaître des compétences restantes et de valoriser l’effort, quel qu’il soit.

Diversifier et personnaliser pour tirer le meilleur des jeux de mémoire

Les jeux de mémoire font aujourd’hui partie intégrante de l’accompagnement des personnes Alzheimer, en EHPAD comme à domicile. S'ils ne guérissent pas la maladie, ils offrent de véritables outils pour entretenir l’estime de soi, stimuler l’esprit et nourrir l’interaction avec les proches. Leur efficacité réside avant tout dans la diversité, la personnalisation et la régularité des pratiques. Tester, échanger, ajuster : chaque séance, même brève, a son importance.

Rester attentif aux évolutions de la personne, repérer les nouveaux centres d'intérêt ou les signes d’envie, permet de renouveler l’approche et d’éviter l’ennui. N’hésitez pas à échanger avec des professionnels ou d’autres familles pour élargir la palette des jeux, adapter les outils ou découvrir de nouvelles idées. Les jeux sont avant tout un prétexte à la relation, à la rencontre et à la valorisation de toutes les formes d’intelligence, y compris celle de l’instant présent.

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