Alzheimer et maladies cardiovasculaires : mieux comprendre leurs liens pour mieux prévenir

2 juillet 2025

maladie-alzheimer-gral.com

Pourquoi croise-t-on si souvent maladie d’Alzheimer et maladies cardiovasculaires ?

Les maladies cardiovasculaires et la maladie d’Alzheimer n’affectent pas que le même public âgé. Depuis plusieurs années, les liens entre le cœur, les vaisseaux sanguins et le cerveau se précisent, faisant évoluer notre façon d’envisager la prévention de la démence. De la gestion de l’hypertension à la surveillance de la santé cardiaque, tout un champ d’action se dessine, qui va bien au-delà du « simple » maintien de la mémoire.

Quels sont les mécanismes qui relient le cœur et le cerveau ?

La principale connexion entre les maladies cardiovasculaires et la maladie d’Alzheimer passe par la circulation sanguine cérébrale. Le cerveau, bien qu’il ne représente que 2 % du poids total du corps, utilise à lui seul près de 20 % de l’oxygène transporté par le sang (Sciences et Avenir). Plusieurs phénomènes expliquent l’impact des troubles cardiovasculaires sur la santé cérébrale :

  • Athérosclérose : L’accumulation de dépôts graisseux qui rigidifient et bouchent les artères limite le débit sanguin cérébral.
  • Micro-infarctus cérébraux : De petites zones du cerveau peuvent souffrir de manque d’oxygène, conduisant à une perte progressive de neurones.
  • Accidents vasculaires cérébraux (AVC) silencieux ou avérés : Leur répétition accélère le déclin cognitif, parfois sans symptômes immédiats.

À cela s’ajoutent des facteurs comme l’hypertension artérielle, le diabète, ou l’insuffisance cardiaque, qui réduisent la capacité des vaisseaux à bien irriguer toutes les zones cérébrales. Un cerveau moins bien oxygéné est plus vulnérable à la dégénérescence, en particulier lorsque des plaques amyloïdes et des filaments tau, caractéristiques d’Alzheimer, viennent s’y accumuler.

Des facteurs de risque communs bien identifiés

Selon la Fondation Recherche Alzheimer (fondation-alzheimer.org), près de 40 % des cas de démence pourraient être prévenus ou retardés en agissant sur des facteurs de risque modifiables, dont beaucoup relèvent du domaine cardiovasculaire. Voici les principaux :

  • Hypertension artérielle : Non traitée à la quarantaine, elle double presque le risque de développer une démence des décennies plus tard (The Lancet, 2017).
  • Hypercholestérolémie : Un excès de « mauvais » cholestérol accélère la formation de plaques dans les artères cérébrales.
  • Diabète de type 2 : Ce trouble perturbe le métabolisme et majore de 50 à 100 % le risque de maladie d’Alzheimer (Inserm, 2022).
  • Sédentarité et obésité : Elles favorisent la survenue des pathologies précédentes et réduisent la plasticité cérébrale.
  • Tabagisme : Il abîme les parois vasculaires et a été associé à une augmentation de 45 % du risque de démence chez les plus de 65 ans (INPES, 2015).

Mais il n’y a pas que les risques : la possibilité d’agir sur ces facteurs représente aussi une clé majeure d’action.

Prévention et recommandations : agir sur la santé cardiovasculaire, c’est agir sur le cerveau

La Société Française de Neurologie (SFN) et l’OMS recommandent aujourd’hui de penser la santé cognitive comme un ensemble, qui ne doit pas être isolé des préoccupations cardiovasculaires. Plusieurs grandes études, comme « The FINGER Study » en Finlande, ont montré que la combinaison d’un suivi cardiovasculaire, d’une alimentation équilibrée (méditerranéenne, par exemple), d’une activité physique régulière et d’une stimulation cognitive pouvait réduire jusqu’à 30 % le risque de déclin cognitif chez les seniors à risque.

À l’échelle du quotidien, ces recommandations se traduisent par :

  • Un contrôle régulier de la tension artérielle, dès l’âge de 40 ans
  • Un suivi du taux de cholestérol et de la glycémie, accompagné de mesures diététiques adaptées
  • L’arrêt progressif du tabac, avec l’accompagnement d’un professionnel si besoin
  • Au moins 150 minutes hebdomadaires d’activité physique modérée (marche rapide, natation, vélo…)
  • La réduction des consommations d’alcool
  • Un suivi médical renforcé en cas d’antécédents familiaux d’Alzheimer ou d’accident cardio-vasculaire

Ce sont des conseils de bon sens, mais ils sont essentiels car ils touchent à l’ensemble du bien-être et peuvent avoir un impact concret sur le risque de développer la maladie.

Maladie d’Alzheimer, démences vasculaires et formes mixtes : ce que disent les études récentes

Si la maladie d’Alzheimer est définie par la présence caractéristique de plaques amyloïdes et de dégénérescence neurofibrillaire, on sait aujourd’hui que près d’un tiers des démences diagnostiquées chez les personnes de plus de 80 ans sont en réalité des démences « mixtes » (INSERM, 2023), où se conjuguent les lésions spécifiques d’Alzheimer et la souffrance vasculaire cérébrale.

Concrètement, cela signifie :

  • La « pure » maladie d’Alzheimer est rare avec l’avancée en âge : la majorité des patients présentent, en plus, des lésions liées à l’athérosclérose et à de micros AVC.
  • Les mêmes symptômes (troubles de la mémoire, désorientation, ralentissement intellectuel…) peuvent donc relever de mécanismes multiples, parfois intriqués.
  • La prise en charge doit être globale : surveiller la cognition sans négliger la santé cardiovasculaire, et inversement.

Une idée reçue voudrait que la maladie d’Alzheimer soit entièrement « génétique » et indépendante des autres pathologies. Or, selon la Société Alzheimer du Canada et plusieurs grands registres épidémiologiques, le cumul de facteurs cardiovasculaires chez une même personne multiplie par trois à cinq le risque de développer une forme de démence à l’âge avancé, qu’elle soit d’origine vasculaire, Alzheimer, ou plus souvent mixte.

Ce que montrent les chiffres en France et dans le monde

La France compte environ 1 200 000 personnes atteintes de la maladie d’Alzheimer ou de maladies apparentées (France Alzheimer, 2023). Dans le même temps, près de 10 millions de Français sont atteints d’une pathologie cardiovasculaire, tous âges confondus. Les projections internationales estiment que le nombre de personnes touchées par la démence pourrait tripler d’ici à 2050 si rien n’est fait sur ces facteurs de risque (Alzheimer’s Association Facts & Figures 2023).

Plus marquant : un rapport de 2021 publié par The Lancet Commission (The Lancet) a classé neuf facteurs de risque modifiables, majoritairement d’origine cardiovasculaire, comme contribuant à 35 % des cas de démence dans le monde. Les progrès en matière de prévention, notamment la baisse de la prévalence de l’hypertension et du tabac, commencent d’ailleurs à se traduire par une réduction du nombre de nouveaux cas dans certains pays du nord de l’Europe.

Quels signes doivent alerter, et quand consulter ?

Des troubles de la mémoire ou de l’orientation nouvelle, chez une personne déjà suivie pour une maladie cardiaque ou vasculaire, justifient toujours une évaluation médicale approfondie : il existe des formes de démence rapidement évolutives liées à de multiples petits accidents vasculaires cérébraux, qui nécessitent un bilan spécifique et une prise en charge adaptée.

Voici des signes qui doivent pousser à consulter :

  • Apparition ou aggravation brutale des troubles cognitifs
  • Chutes inexpliquées, troubles de la marche, troubles de l’équilibre
  • Modification soudaine du comportement ou du caractère
  • Baisse de l’attention ou du langage, associée à des antécédents d’AVC même « minimes »

L’intervention d’un neurologue ou d’un gériatre, complétée par une évaluation neuropsychologique, permet d’orienter le diagnostic et la prise en charge.

Quelles perspectives pour la recherche et la prévention ?

Depuis 2018, la recherche s’est intensifiée sur la notion de « syndrome neurovasculaire cérébral », où la barrière entre Alzheimer et maladies vasculaires s’avère de plus en plus poreuse. De nouveaux traitements cherchent à renforcer la résilience vasculaire cérébrale, tandis que la prévention avance à grands pas, avec des recommandations portant sur le cycle de vie entier, dès l’enfance.

  • Surveillance accrue des facteurs de risque dès 30-40 ans
  • Développement d’approches personnalisées en clinique, tenant compte non seulement des gènes, mais de l’environnement global du patient
  • Intégration des approches sociales : lutte contre l’isolement, promotion de l’activité physique adaptée

La prise de conscience collective du rôle central de la santé cardiovasculaire dans la protection du cerveau ne cesse de s’étendre auprès du grand public comme dans les milieux médicaux.

Pour aller plus loin : ressources et accompagnement

Alzheimer et maladies cardiovasculaires ne sont pas des fatalités. Les liens étroits qui les unissent ouvrent la voie à des actions concrètes, à tous les âges de la vie, fondées sur les meilleures connaissances scientifiques du moment. Une information claire, une vigilance régulière et le choix de modes de vie protecteurs sont à la portée de chacun, proches comme soignants, personnes concernées comme citoyens.

Pour aller plus loin

En savoir plus à ce sujet :