Redonner du sens à la marche : l’activité thérapeutique adaptée aux personnes âgées

1 décembre 2025

maladie-alzheimer-gral.com

Les fondements de la marche comme thérapie non-médicamenteuse

La marche fait partie des gestes quotidiens, souvent sous-estimés quand il s’agit d’accompagner des personnes âgées, notamment celles atteintes de troubles cognitifs comme la maladie d’Alzheimer. Pourtant, de plus en plus d’équipes gériatriques la recommandent comme une activité thérapeutique à part entière (HAS).

Adopter la marche comme une pratique régulière ne consiste pas seulement à "faire bouger" la personne. C’est aussi raviver des repères, stimuler la cognition, préserver l’autonomie, tout en respectant les limites de chacun. Les données montrent qu’intégrer la marche dans les projets de soins permet de réduire l’apathie, l’anxiété ou certains troubles du comportement (source : Alzheimer’s Association), tout en favorisant un sentiment de sécurité et de contrôle.

Bien menée, cette activité est plus qu’un déplacement : c’est un levier de bien-être global, soutenu par un encadrement adapté et individualisé.

Quels sont les bénéfices prouvés de la marche pour les personnes âgées ?

De nombreuses recherches attestent des effets bénéfiques de la marche sur la santé physique et mentale, à travers plusieurs axes :

  • Prévention de la perte d’autonomie : Une étude française publiée en 2017 dans le Journal of the American Geriatrics Society a montré que marcher 30 minutes par jour, cinq fois par semaine, ralentissait de 25 % l’apparition d’une dépendance chez les personnes de plus de 75 ans.
  • Effet sur l’équilibre et la mobilité : Selon la WHO, la marche régulière est associée à une diminution de 35 % du risque de chute chez les seniors, car elle entretient la force musculaire et la proprioception.
  • Stimulation cognitive : Un travail canadien (Université de Colombie-Britannique, 2017) révèle que 40 minutes de marche rapide, trois fois par semaine, améliorent la mémoire immédiate et l’attention chez les personnes atteintes de troubles cognitifs légers.
  • Réduction des symptômes dépressifs et anxieux : L’activité physique, même modérée, agit comme un antidépresseur naturel (INSERM, 2019).
  • Ralentissement du déclin fonctionnel : Une synthèse Cochrane de 2023 précise que la marche régulière retarde de façon significative le besoin d’aide pour les gestes de la vie quotidienne.
  • Favorise la qualité du sommeil : Certains centres hospitaliers notent une amélioration du rythme veille/sommeil avec la mise en place de balades quotidiennes encadrées (Observatoire National de la Santé des Aînés, 2022).

Comment adapter la marche pour la rendre thérapeutique ?

Il ne suffit pas de proposer de la marche pour en faire une « thérapie ». C’est la façon de l’organiser qui transforme l’activité en véritable soin de soutien :

  • Évaluation personnalisée : Avant tout, il est essentiel d’adapter la marche à l’état de santé physique, cognitive et émotionnelle de chaque personne. L’environnement doit être sécurisé (absence d’obstacles, éclairage) et chaque marche doit débuter par une évaluation de la capacité du jour.
  • Objectif thérapeutique clair : Marcher pour le plaisir, travailler l’équilibre, favoriser la régulation émotionnelle… Chaque séance peut être pensée selon l’objectif prioritaire du moment.
  • Encadrement professionnel/aidant : La présence d’un professionnel formé (aide-soignant, kinésithérapeute, animateur) ou d’un aidant familier rassure, motive, et permet une attention constante à la fatigue et à la sécurité.
  • Intégration dans la routine : Proposer des balades à heure fixe facilite les repères temporels, notamment chez les personnes désorientées, et diminue le risque d’opposition.
  • Stimulation sensorielle : Varier les environnements (parc, couloir fleuri, terrasse) et valoriser la découverte sensorielle contribue à stimuler l’ensemble des fonctions cognitives.
  • Ritualisation de la marche : Marcher après le déjeuner, lors d’un moment musical, ou pour aller “arroser les plantes” : l’activité prend alors une signification concrète, ancrée dans le quotidien.

Exemple d’une séance type « marche thérapeutique » en EHPAD

  • Échauffement léger (assis ou debout)
  • Choix d’un itinéraire sécurisé, connu de la personne
  • Marche guidée, accompagnée d’encouragements verbaux, pauses régulières (toutes les 5 à 10 minutes)
  • Observation partagée des éléments alentours (plantes, affiches, musique douce)
  • Retour au calme, étirement, verbalisation (comment la personne s’est-elle sentie ?)

Les structures pilotes observent ainsi une meilleure adhésion à l’activité et un effet apaisant chez des personnes anxieuses ou sujettes à la déambulation non encadrée.

Comment encourager la marche au domicile ?

L’enjeu, pour les aidants à domicile, reste de proposer la marche sans la rendre contraignante ou infantilisante. Plusieurs pistes ont fait leurs preuves :

  • Associer la marche à une tâche concrète : Aller arroser les plantes, vérifier la boîte aux lettres, aller saluer le voisin. Donnez du sens à chaque déplacement.
  • Favoriser les petits trajets fréquents : Même une promenade de quelques minutes, plusieurs fois par jour, contribue à l’entretien musculaire.
  • Installer un parcours sécurisé à l’intérieur : Baliser un couloir avec des points d’appui, poser des repères visuels (photos, papiers colorés) pour rendre l’exercice valorisant et non anxiogène.
  • Utiliser la musique : Certaines personnes sont davantage motivées à marcher en écoutant des chansons familières (source : FICHES HAS « Maladie d’Alzheimer - Vie quotidienne »).
  • Valoriser chaque progrès : Plutôt que de mesurer la distance ou la vitesse, souligner la régularité, la capacité à sortir, la curiosité sensorielle produite par la marche.

Les retours des familles illustrent à quel point cette dynamique, même modeste, peut alléger le fardeau de l’aidant, offrir un temps de complicité, ou revaloriser l’image de la personne accompagnée.

La marche à visée thérapeutique en institution : innovations et limites

Dans de nombreux EHPAD et résidences seniors, des « parcours santé » extérieurs, des ateliers « promeneurs » ou encore des jeux d’orientation sont organisés chaque semaine. Quelques initiatives emblématiques :

  • Parcours sensoriels : Confettis de feuilles, zones odorantes (plantes aromatiques), sols tactiles… Ces parcours sont conçus pour renforcer la stimulation cognitive tout en limitant le risque de chute.
  • Marche guidée à thème : Balades historiques, quizz de reconnaissance d’arbres ou de fleurs. Le plaisir culturel complète le bénéfice moteur, et la parole est plus facilement sollicitée (voir l’approche Montessori adaptée à la gériatrie).
  • Applications numériques : Depuis 2022, des outils de réalité augmentée ou de géolocalisation aident à sécuriser des sorties même pour des résidents désorientés (expérimentations en Bretagne et en Île-de-France, rapport CNSA 2023).

Des limites existent toutefois : météo capricieuse, effectifs insuffisants, défis liés à l’hétérogénéité des troubles cognitifs. Mais la créativité des équipes et le soutien des familles permettent souvent de lever ces freins, notamment quand la marche est considérée comme un droit et non une obligation.

Questions de sécurité : quelles précautions dans la pratique ?

  • Lutte contre le risque de chute : Des chaussures adaptées, un sol non glissant, des mains courantes sont essentiels. Selon la Fédération Française de Gérontologie, les chutes représentent 50% des hospitalisations traumatiques après 80 ans, d’où l’importance de l’anticipation.
  • Soutien à la motivation, jamais la contrainte : Forcer la marche accroît le risque de refus ou de décompensation. La démarche doit rester flexible, respectueuse de la fatigue.
  • Signalements médicaux : Fièvre, douleurs, troubles aigus : dans ces contextes, la marche est suspendue, au profit d’une surveillance accrue.

Les bonnes pratiques recommandent également d’impliquer la personne, quand cela est possible, dans le choix de la durée, du rythme et du parcours, avec une attention portée à la dignité.

Ouverture : la marche, un atout pour le lien social et l’estime de soi

Que ce soit à domicile ou en institution, penser la marche comme activité thérapeutique permet d’y associer naturellement la notion de lien, de valorisation et d’ouverture sur le monde extérieur. Marcher, c’est aussi « être ensemble ». Les études anglo-saxonnes montrent d’ailleurs que la marche en petit groupe diminue l’isolement et favorise l'estime de soi (BMC Geriatrics, 2020).

La régularité de la marche, intégrée avec subtilité dans l’accompagnement, évite les attitudes infantilisantes et redonne, chaque jour, un espace d’expression à la personne, quelle que soit la sévérité de ses troubles. Elle peut aussi inspirer d’autres formes d’activités non médicamenteuses, complémentaires, pour continuer à préserver, même modestement, la qualité de vie et la dignité de tous.

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