Favoriser l’endormissement en unité protégée : quelles activités proposer ?

18 avril 2026

maladie-alzheimer-gral.com

Pourquoi la question du sommeil est-elle centrale en unité protégée ?

Le sommeil des personnes vivant en unité protégée soulève plusieurs enjeux pour le bien-être des résidents, mais aussi pour l’organisation des équipes et la qualité de vie collective. La maladie d’Alzheimer, comme la plupart des maladies neurodégénératives, se caractérise fréquemment par des troubles du sommeil : difficultés à s’endormir, réveils nocturnes à répétition, agitation ou confusion en fin de journée (sundowning). D’après Santé publique France, plus de la moitié des personnes atteintes d’Alzheimer souffrent d’un désordre du rythme veille-sommeil (Santé publique France).

Ces troubles ont de multiples conséquences :

  • Répercussions sur la qualité de vie (fatigue, irritabilité, troubles du comportement diurne).
  • Majorations des risques de fugues ou de chutes durant la nuit.
  • Impact sur l’ambiance de l’unité et la charge de travail des équipes.

Or, si les médicaments hypnotiques sont encore utilisés, leur efficacité réelle sur ces troubles reste limitée, et ils exposent à de nombreux effets secondaires (somnolence diurne, chutes, troubles cognitifs aggravés – HAS). Les recommandations actuelles privilégient donc les mesures non médicamenteuses, au premier rang desquelles figurent les activités adaptées en journée.

Pourquoi l’activité diurne conditionne-t-elle le sommeil ?

Le corps humain fonctionne selon un rythme circadien – une véritable horloge interne synchronisée notamment par la lumière et l’alternance activité/repos. Dans la maladie d’Alzheimer, ce rythme est souvent désorganisé, d’où l’importance d’ancrer la journée avec

  • des moments ponctués dans le temps,
  • des activités qui sollicitent le corps, l’esprit, la vie sociale,
  • une exposition adéquate à la lumière naturelle.

Les études montrent que l’activité physique douce, les stimulations cognitives modérées, et une routine stable favorisent un sommeil de qualité (Alzheimer’s Association, Revue Médicale Suisse, 2019).

Critères pour choisir des activités favorables à l’endormissement

En pratique, toutes les activités ne se valent pas pour améliorer le sommeil des résidents en unité protégée. Les critères suivants sont essentiels :

  • Différencier les moments de la journée: activités toniques le matin ou en début d’après-midi, moments plus calmes en fin de journée pour préparer l’endormissement.
  • Respecter la temporalité biologique: éviter les activités physiques intenses ou très stimulantes après 16h-17h.
  • Favoriser la régularité et la prévisibilité pour rassurer les résidents et leur donner des repères temporels.
  • S’adapter aux capacités et besoins de chaque personne: offrir des alternatives pour ceux qui se fatiguent vite ou préfèrent rester en retrait.

Activités recommandées le matin et en début d’après-midi

Les moments où la vigilance est naturellement plus élevée sont propices à :

  • Activité physique douce : gym douce, marche accompagnée, ateliers de motricité fine ou de ballons. Ce type d’activité améliore directement la qualité du sommeil nocturne via la dépense énergétique et la régulation du rythme veille-sommeil (PMID: 27134607, Clin Interv Aging).
  • Sorties à l’extérieur et jardinage : l’exposition à la lumière naturelle joue un rôle clé pour la synchronisation de l’horloge biologique. Les activités de jardin, promenades dans la cour ou sur le balcon, ou simplement s’asseoir à l’extérieur, préviennent l’inversion des cycles sommeil/veille et diminuent l’agitation nocturne.
  • Stimulation cognitive adaptée : jeux simples, quiz mémoire, ateliers lecture, discussions à thème. La stimulation intellectuelle, si elle est adaptée au niveau de chacun, permet de structurer la journée et de limiter la somnolence diurne.

Activités en fin de journée : accompagner la transition vers le repos

À partir de la fin d’après-midi, l’enjeu est d’inciter graduellement à la détente. Plusieurs types d’activités sont particulièrement favorables :

  • Ateliers sensoriels : massage des mains, application de crèmes parfumées, séances de relaxation guidée, musique calme ou bruits de la nature créent un climat apaisant. Selon la Fondation Médéric Alzheimer, ces approches réduisent significativement l’agitation du soir (Médéric Alzheimer).
  • Rituels collectifs : proposer chaque jour la même routine (ex : boire une tisane, écouter une berceuse, ranger la salle commune ensemble) ancre la notion de soirée et aide les personnes à accepter le passage au coucher.
  • Lecture et moments de contes : s’appuyer sur la voix calme d’un accompagnant racontant une histoire, ou écouter de la poésie, apaise bien des angoisses pré-endormissement et recentre l’attention sur un imaginaire rassurant.
  • Activités artistiques calmes : coloriage, création de mandalas, modelage de pâte… Ces activités répétitives ont un effet « méditatif » qui facilite la transition vers la nuit.

La place de la sieste : vigilance sur les horaires

En unité protégée, la sieste a toute sa place, mais doit être proposée avec discernement : 

  • Privilégier une courte sieste après le déjeuner (20-30 minutes maximum).
  • Éviter les siestes en seconde partie d’après-midi, qui risquent d’inverser le cycle et de favoriser l’agitation nocturne.

Plusieurs accompagnants observent que des siestes longues ou « sauvages » (survenant en dehors d’un cadre) multiplient les rispotes nocturnes. Un repérage individualisé des besoins reste essentiel.

Tableau récapitulatif : activités clés selon les moments de la journée

Moment de la journée Activités conseillées Effet recherché
Matin
  • Marche accompagnée ou gym douce
  • Jardinage, promenade extérieure, exposition à la lumière
  • Dépenser l’énergie
  • Soutenir une bonne synchronisation du rythme veille-sommeil
Début d’après-midi
  • Jeux de société adaptés, activités motrices légères
  • Stimulation cognitive modérée
  • Limiter la somnolence diurne
  • maintenir l’attention sans surstimulation
Fin d’après-midi
  • Relaxation guidée, massages mains/visage
  • Tisanes collectives, contes, musique douce
  • Coloriage, modelage, mandalas
  • Préparer l’endormissement
  • Créer un climat de détente pour limiter l’agitation vespérale

Retours du terrain : quelles adaptations en unité protégée ?

Chaque unité protégée possède sa propre culture et ses contraintes : ratio d’encadrement, architecture des lieux, habitudes des résidents, attentes des familles. Fonder l’organisation des activités sur des repères récurrents et une observation fine des besoins des personnes est toujours préconisé.

Des actions qui ont porté leurs fruits dans de nombreux établissements comprennent :

  • La mise en place d’un « temps repère » à la tombée de la nuit : baisse progressive de la luminosité, calme sonore, arrêt des sollicitations collectives.
  • L’instauration d’ateliers sensoriels adaptés avec du matériel simple (balles anti-stress, huiles essentielles de lavande, tissus doux)
  • L’invitation, chaque soir, à un moment collectif relaxant court, plutôt qu’à disperser les accompagnements individuels sans cadre.
  • L’intégration régulière de la famille ou des bénévoles lors d’ateliers du soir (lecture à voix haute, musique non verbale…), ce qui humanise le rituel et rassure les résidents.

Adapter en continu : l’importance d’une observation individualisée

Proposer la même activité à tous, systématiquement, ne garantit pas l’apaisement. Il faut une capacité d’observation accrue : certains résidents peuvent avoir besoin d’une marche supplémentaire, d’autres souhaiteront simplement écouter une musique familière dans leur chambre.

  • S’appuyer sur des outils tels que l’échelle de sommeil de Pittsburgh, le carnet d’observation du soir permet d’objectiver les progrès ou difficultés.
  • Travailler en équipe pluridisciplinaire (AS, AMP, infirmiers, psychomotriciens, psychologues, familles) favorise les ajustements.

Enfin, il ne faut jamais minimiser le rôle du contact humain rassurant : un accompagnement discret, une présence attentive, sans précipitation, sécurise plus qu’une succession d’activités imposées.

Pour aller plus loin : repenser le quotidien pour respecter les rythmes de chacun

Offrir des points de repères stables, alterner activités physiques, cognitives et sensorielles, limiter la surstimulation, favoriser les rituels de détente : tout cela constitue le socle de nuits plus sereines en unité protégée. Il n’existe pas de solution universelle, mais un véritable « art d’accompagner » : c’est dans l’attention portée à la singularité de chaque personne, et dans l’engagement à adapter le quotidien, que résident des améliorations notables du sommeil. Cela suppose de se former en continu, de se remettre en question, mais aussi d’accueillir les familles comme partenaires dans cette recherche du mieux-être pour les résidents.

Sources :

  • Santé Publique France – Dossier Alzheimer
  • Haute Autorité de Santé (HAS) – Bon usage des hypnotiques
  • Alzheimer’s Association – Nonpharmacological Sleep Interventions
  • Fondation Médéric Alzheimer – Activités thérapeutiques et troubles du comportement
  • Revue Médicale Suisse, 2019 – Accompagnement non médicamenteux Alzheimer

Pour aller plus loin

En savoir plus à ce sujet :