Accompagner l’alimentation équilibrée face aux troubles de la mémoire : repères et solutions concrètes

31 octobre 2025

maladie-alzheimer-gral.com

Comprendre les enjeux de la nutrition chez les personnes avec troubles de la mémoire

L’alimentation occupe une place centrale dans la santé globale, en particulier chez les personnes vivant avec des troubles de la mémoire, notamment ceux liés à la maladie d’Alzheimer ou maladies apparentées. Les défis rencontrés sont multiples : oublis des repas, perte de l’appétit, modifications du goût, difficultés à reconnaître les aliments ou encore troubles de la déglutition. Près de 50 % des personnes atteintes de la maladie d’Alzheimer présentent des difficultés nutritionnelles à un moment de leur parcours (source : Fondation Alzheimer).

Maintenir une alimentation équilibrée ne vise pas seulement à couvrir les besoins du corps : il s’agit aussi de préserver l’autonomie, de soutenir le lien social autour du repas, et de prévenir de nombreuses complications, comme la perte de poids, la dénutrition ou encore le risque de chute.

  • 10 à 15 % des personnes vivant avec des troubles de la mémoire souffrent de dénutrition en France dès le stade léger (source : HAS 2020).
  • Le risque de déshydratation est doublé chez ces personnes, en particulier lorsqu’elles vivent seules (INSERM, 2022).

Identifier les principaux obstacles à une alimentation équilibrée

Les troubles cognitifs : une organisation bousculée

Oublier d’acheter, de préparer ou même de manger certains repas : ces situations sont fréquentes chez les personnes souffrant de troubles de la mémoire. L’agenda alimentaire peut devenir confus, voire absent. Parfois, la personne répète plusieurs fois le même repas ou au contraire, en saute un ou plusieurs dans la journée, sans s’en rendre compte.

Les troubles du goût et de l’appétit

L’évolution de la maladie altère la perception du goût, ce qui peut détourner la personne de certains aliments. La perte d’appétit ou l’attrait pour des aliments inhabituels influence fortement la qualité nutritionnelle de l’alimentation – avec une préférence, souvent, pour le sucré, à mesure que la maladie évolue (source : Société Française de Gériatrie et Gérontologie).

Les troubles de la coordination et de la déglutition

Plus d’un quart des patients Alzheimer développent au moins un trouble de la déglutition (dysphagie) au cours de la maladie (Centre mémoire de ressource et de recherche, 2023). Cela peut rendre difficile, voire dangereux, la consommation de certains aliments. Les gestes pour couper, porter à la bouche, mâcher, deviennent incertains.

Stratégies pratiques pour préserver l’équilibre alimentaire au quotidien

Mettre en place des repères visuospatiaux et des routines

  1. Planifier les repas et les afficher : Préparer un planning hebdomadaire visible (sur le réfrigérateur ou dans la cuisine) avec les heures et les menus. Utiliser des images pour les personnes ayant du mal à lire.
  2. Mettre en avant ce qui doit être consommé : Placer à portée de main les aliments « essentiels » (panier de fruits visibles, yaourts devant dans le réfrigérateur) et limiter l’accès ou la visibilité des produits moins souhaitables.

Simplifier, personnaliser et sécuriser le moment du repas

  • Préférer des repas simples et familiers : La mémoire des goûts et des textures familières persiste parfois plus longtemps que d’autres souvenirs. Valoriser l’alimentation autour de plats appréciés, préparés d’avance ou surgelés si besoin.
  • Fractionner les repas : Proposer 4 à 6 petits repas ou collations par jour, pour compenser la baisse d’appétit ou les oublis. L’objectif : garantir l’apport calorique et éviter l’hypoglycémie.
  • Adapter la texture des aliments : En cas de difficultés à mastiquer ou déglutir, privilégier les textures modifiées (haché, mouliné, mixé). Le Programme National Nutrition Santé (PNNS) propose des repères spécifiques adaptés à la dysphagie.
  • Utiliser des aides techniques si besoin : Couverts ergonomiques, assiettes antidérapantes, verres à anses… Ces outils peuvent favoriser l’autonomie lors du repas.

Prévenir la déshydratation : une vigilance quotidienne

La sensation de soif s’émousse avec l’âge et davantage encore lorsque la mémoire est atteinte. D’après une étude menée en EHPAD par le Gérontopôle de Toulouse (2017), près de 60 % des résidents avaient des apports hydriques insuffisants.

  • Proposer régulièrement, tout au long de la journée, des petits verres d’eau, de jus ou d’infusion.
  • Varier les supports (eau gélifiée, compotes, soupes, fruits riches en eau comme la pastèque ou l’orange).
  • Mettre des repères visuels dans les espaces fréquentés : carafe colorée sur la table, post-it de rappel.
  • Impliquer les proches dans le signalement d’une baisse d’apport (lèvres sèches, confusion nouvelle, urines foncées… sont des signes d’alerte).

Miser sur le plaisir et la convivialité pour lutter contre l’isolement alimentaire

Dans leur enquête de 2021, la Fédération Alzheimer France a révélé que 33 % des personnes très âgées mangent seules la majorité du temps, avec un risque accru de perte d’appétit et d’apports insuffisants. Or, le partage du repas soutient la prise alimentaire autant qu’il renforce le lien social : un moment de convivialité stimule la mémoire émotionnelle et encourage à manger.

  • Favoriser les repas partagés aussi souvent que possible, même autour de collations simples.
  • Encourager une présentation colorée et appétissante des assiettes : la stimulation sensorielle joue un rôle clé.
  • Permettre à la personne de participer à la préparation, même dans de petits gestes (mélanger, dresser l’assiette, choisir un fruit).

Gérer les troubles du comportement à table

L’agitation, les refus, les tendances à se lever en cours de repas ou à manipuler la nourriture ne sont pas rares. Selon une étude du CHU de Rouen (2018), près de 40 % des personnes Alzheimer présentent, à un moment donné, des difficultés comportementales autour des repas.

  • Installer le calme : lumière douce, bruit limité, télé éteinte favorisent la concentration sur le repas.
  • Donner le temps : privilégier un rythme lent sans pression, sauf en cas de risques immédiats d’étouffement.
  • Accepter une certaine latitude : si le dessert vient avant le plat principal, ou si un aliment est refusé, ne pas dramatiser. L’objectif reste le maintien, sur la journée, d’un apport suffisant.

Les apports nutritionnels recommandés : quels repères adapter ?

Les recommandations du PNNS restent la base, mais des ajustements sont parfois nécessaires. Quelques repères issus des travaux de l’ANSES (Agence nationale de sécurité sanitaire) :

  • Protéines : Viser 1 à 1,2 g/kg de poids corporel/jour, en privilégiant les apports au petit déjeuner/déjeuner (œufs, laitages, volailles, poissons, légumineuses).
  • Fibres : Maintenir un apport suffisant (pain complet, légumes, fruits), sans exagérer en cas de problèmes digestifs.
  • Vitamines et minéraux : Particulièrement la vitamine D, le calcium, le fer, présents dans les produits laitiers et les légumes verts.
  • Limiter les restrictions trop strictes : Alléger les régimes (pauvre en sel, en sucre…) sauf indication médicale stricte, car le plaisir et l’apport calorique sont prioritaires s’il existe un risque de dénutrition.

Une enquête de l’INCA 3 (2017) a montré que 25 % des personnes âgées consomment moins de 4 portions de fruits et légumes par jour, alors que la recommandation reste à 5. Fractionner ces apports à travers des jus, compotes, soupes ou smoothies peut aider à atteindre ces objectifs tout en limitant la lassitude.

Impliquer l’entourage et faire appel aux ressources professionnelles

La famille, les proches aidants, mais aussi les professionnels à domicile ou en institution, jouent un rôle central dans la prévention de la dénutrition et le maintien de l’alimentation. Selon la Haute Autorité de Santé, impliquer les aidants dans la surveillance du poids, la préparation des repas et la détection précoce des troubles contribue à limiter les hospitalisations pour dénutrition sévère.

  • Tenir un carnet alimentaire simple pour suivre l’évolution des apports et détecter une dégradation.
  • Solliciter l’avis d’un diététicien, d’un ergothérapeute ou du médecin traitant en cas de perte de poids inexpliquée, ou de modifications brutales du comportement alimentaire.
  • S’appuyer sur les programmes d’aide à domicile pour la livraison de repas adaptés (services de repas seniors, offres municipales, associations…)

Vers une alimentation plus inclusive et respectueuse

Adapter l’alimentation chez la personne présentant des troubles de mémoire, ce n’est pas simplement garantir un apport énergétique : c’est permettre à chacun de continuer à choisir, à garder une part d’autonomie, et à rester acteur de ses repas aussi longtemps que possible. Les solutions sont multiples, progressives, évolutives — elles favorisent toutes un respect de l’individu, de ses habitudes et de sa dignité.

Les familles et les aidants ne sont pas seuls : s’entourer, s’appuyer sur les conseils des équipes spécialisées, et rechercher un équilibre qui soit aussi confortable que possible reste l’objectif central. L’alimentation n’est ni une contrainte, ni une épreuve, mais demeure un support central de la qualité de vie — pour aujourd’hui et pour demain.

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