Repas : accompagner l’alimentation au quotidien auprès des personnes vivant avec Alzheimer

29 octobre 2025

maladie-alzheimer-gral.com

Adapter l’alimentation : un défi majeur mais accessible

Les troubles de l’alimentation sont fréquents chez les personnes atteintes de la maladie d’Alzheimer ou de troubles apparentés. D’après France Alzheimer, 35 % des patients présentent des difficultés lors des repas dès les phases modérées de la maladie, et plus de 70 % en phase avancée. Cet enjeu touche l’équilibre nutritionnel, mais aussi la convivialité, la sécurité et la qualité de vie.

Savoir gérer les repas demande une approche attentive, car la nutrition influence non seulement la santé physique, mais aussi l’humeur, le comportement, et la relation avec l’entourage. Voici comment offrir un accompagnement sans infantiliser ni imposer, mais en restant vigilant et bienveillant, selon les recommandations de la Haute Autorité de Santé (HAS) et de plateformes comme Alzheimer Europe.

Pourquoi l’alimentation pose-t-elle problème dans la maladie d’Alzheimer ?

  • Mémoire et repères spatiaux-temporaux : la personne oublie qu’elle a mangé, où sont les ustensiles, ou ne reconnaît plus certains aliments.
  • Perte d’appétit : jusqu’à 40 % des personnes âgées touchées perdent l’envie ou la capacité de ressentir la faim (Inserm, 2021).
  • Difficultés motrices et coordination : tenir une fourchette, mâcher ou avaler deviennent difficiles (on estime que 45 % des personnes en EHPAD présentent un trouble de la déglutition à un stade avancé).
  • Dysgueusie (troubles du goût et de l’odorat) : la maladie modifie la perception des saveurs, entraînant rejet de certains aliments ou attirance pour le sucre.
  • Risque de dénutrition : selon Santé Publique France, jusqu’à 50 % des personnes âgées en institution sont dénutries ou à risque.

Premières clés : observer, comprendre, dialoguer

  • Respecter les goûts et habitudes : questionner si besoin les proches sur les plats appréciés, les aversions, sans systématiquement chercher à diversifier à tout prix. La routine rassure.
  • Observer les comportements à table : agitation, refus d’aliments, distractions… Ce sont parfois de véritables tentatives d’expression.
  • Impliquer la personne : choisir ensemble les menus, l’inviter à participer à la préparation selon ses capacités (mettre la table, laver une salade…).
  • Valoriser l’autonomie : proposer des ustensiles adaptés mais ne pas faire à la place si ce n’est pas nécessaire.

Adapter l’environnement du repas pour mieux accompagner

L’environnement joue un rôle-clé dans la prise des repas. Un cadre trop bruyant ou trop chargé peut altérer la concentration, générer de l’anxiété, ou détourner l’attention de l’assiette.

  • Favoriser la simplicité visuelle : table peu encombrée, vaisselle de couleur contrastée par rapport à la table et à la nourriture pour faciliter le repérage (une astuce validée par la Fondation Médéric Alzheimer).
  • Limiter les stimulations sonores : éteindre la télévision, éviter les discussions croisées ou le passage incessant des personnes.
  • Instaurer des rituels : l’annonce du repas, la place toujours attribuée, la nappe ou des accessoires identifiables peuvent sécuriser.
  • Prendre le temps : ne pas précipiter le repas, même en cas de lenteur. Un temps moyen de repas supérieur à 45 minutes améliore la quantité d’aliments ingérés (étude du CNR Santé, 2019).

Prévenir les risques de dénutrition et ses conséquences

  • Fractionner les apports : 4 à 5 petits repas ou collations dans la journée plutôt que 2 à 3 repas copieux.
  • Densifier l’apport calorique : ajouter huile, beurre, fromage râpé, poudre de lait dans les plats, smoothies enrichis.
  • Favoriser l’alimentation plaisir : desserts maison, morceaux de chocolat, fruits frais… tout ce qui suscite l’envie sans inquiéter du quantitatif. Le plaisir conditionne l’appétit dans 60 % des cas (étude MemoVie 2021).
  • Surveiller le poids régulièrement : pesée hebdomadaire si possible. Une perte de plus de 5 % du poids en un mois est un signal d’alerte.
  • Associer médecin et diététicien : indispensable dès que la prise alimentaire baisse ou que la déglutition se complique.

Troubles de la déglutition : quand et comment intervenir ?

  • Signes d’alerte : toux ou raclement de gorge fréquent pendant ou après le repas, voix modifiée, restes de nourriture dans la bouche, infections respiratoires inexpliquées.
  • Adapter les textures : protéines hachées, purées lisses, repas mixés ou textures gélifiées selon l’avis d’un professionnel (dernières recommandations de la Société Française de Gériatrie et Gérontologie, 2023).
  • Proposer de petites portions : pour éviter la fatigue masquée par la politesse ou un faux consentement.
  • Positionner si besoin la tête légèrement penchée en avant : cela limite le risque de fausse route.
  • Boissons épaissies : pour prévenir les inhalations, sur prescription médicale.

Quelques astuces concrètes pour mieux vivre le repas

  • Boucher-portion : proposer des aliments faciles à saisir à la main, comme des mini-sandwichs, portions de fromage, fruits coupés, œufs mimosa. Cela valorise l’autonomie même en cas de troubles moteurs.
  • Favoriser la convivialité : musique douce, repas partagé avec d’autres, réhabilitation de la fonction sociale du repas.
  • Limiter l’alcool : qui majore les risques de chute, de confusion et de dénutrition.
  • Garder un carnet alimentaire : noter ce qui est consommé ou refusé sur quelques jours permet d’identifier les tendances et d’ajuster sans stresser ni provoquer de conflits inutiles.
  • Adapter la température : certains aliments tièdes ou tempérés sont mieux acceptés que froids ou trop chauds, du fait de la sensibilité buccale accrue.

L’enjeu de l’hydratation : vigilance permanente

  • Risque majeur : la déshydratation, souvent sournoise car le mécanisme de la soif diminue avec l’âge et la maladie. 30 à 40 % des admissions hospitalières de personnes âgées sont liées à la déshydratation (source : Fondation Korian).
  • Miser sur la diversité : eau plate, boissons aromatisées maison, bouillons, compotes, soupes, yaourts à boire… toutes les formes comptent.
  • Favoriser le visible et le fréquent : boissons à disposition, rappels réguliers, ou offrir directement sans insister de manière infantilisante.
  • Repérer les signes : bouche sèche, léthargie, confusion, perte de force musculaire aux mains.

Éviter les pièges courants et mieux réagir face aux refus d’aliments

  • Persévérer sans s’acharner : ne pas insister face à un refus ; proposer autre chose un peu plus tard. Le temps et la proposition comptent autant que l’aliment lui-même.
  • Limiter les innovations trop radicales : un plat inconnu peut angoisser. Préférer la répétition des mets familiers à des changements risqués.
  • Accepter les phases monolithiques : il n’est pas rare que la personne ne veuille manger qu’un type d’aliment pendant quelques jours. L’essentiel est qu’elle mange, la variété reviendra parfois d’elle-même.
  • Surveiller les médicaments : certains peuvent diminuer l’appétit ou modifier les saveurs (par exemple, des antidépresseurs, anticholinestérasiques). Échanger avec le médecin traitant lors de difficultés persistantes.
  • Demander conseil sans hésiter : la coordination avec équipes médicales, portage de repas ou plateformes spécialisées donne accès à des solutions personnalisées.

Quand orienter vers une aide professionnelle ?

Appeler un professionnel est recommandé lorsque :

  • La perte de poids dépasse 5 % en un mois ou 10 % en six mois
  • Des troubles de la déglutition nouveaux apparaissent
  • Une perte d’autonomie soudaine dans les gestes liés au repas survient
  • Vous ressentez un épuisement ou une inquiétude persistante

Services de diététicien(ne)s, ergothérapeutes, portage de repas, ou soutien ponctuel à domicile peuvent faire une réelle différence, en concertation avec le médecin traitant.

Perspectives et pistes pour s’adapter

Gérer l’alimentation au quotidien, c’est bien plus que nourrir le corps ; c’est aussi préserver des moments d’échange, maintenir l’estime de soi et la dignité, tout en veillant sur la santé. Il est important de ne pas porter seul ce défi : les dispositifs de soutien évoluent, comme le montrent les initiatives de Réseau Nutrition Alzheimer ou les récents ateliers culinaires adaptés portés par des communes ou associations.

Enfin, il n’existe pas de méthode universelle : chaque personne est unique, chaque famille invente pas à pas ses rituels pour que le repas reste un moment paisible, même en période de vulnérabilité. S’informer, dialoguer et s’ajuster au quotidien sont les démarches qui donnent tout leur sens à l’accompagnement à domicile ou en institution, pour que manger demeure un plaisir partagé aussi longtemps que possible.

Sources :

  • Haute Autorité de Santé : “Alimentation et nutrition des personnes âgées”, 2022
  • Fondation Médéric Alzheimer : “Guide pratique Alzheimer et repas”, 2020
  • France Alzheimer & maladies apparentées
  • Inserm : “Vivre avec Alzheimer”, 2021
  • Santé Publique France, études sur la dénutrition
  • CNR Santé : “Qualité des repas en institution”, 2019
  • Alzheimer Europe

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