Comprendre le rôle des saisons et des repères temporels dans la maladie d’Alzheimer

7 décembre 2025

maladie-alzheimer-gral.com

Pourquoi les repères temporels se brouillent-ils dans la maladie d’Alzheimer ?

Les troubles cognitifs de la maladie d’Alzheimer touchent de nombreux domaines, dont la mémoire, l’orientation et la capacité à organiser son temps. Dès les premiers stades, la perception du temps peut être altérée : certains patients se lèvent la nuit, confondent le matin et l’après-midi, ou perdent la notion de la saison en cours (source : Fondation Alzheimer).

  • 80 % des patients Alzheimer présentent des troubles de l’orientation temporo-spatiale à un stade avancé (Inserm).
  • Cette désorganisation a des conséquences concrètes : anxiété, déambulation nocturne, baisse de l’appétit, risque de fugue ou d’accidents domestiques.

Cette confusion s’explique en partie par l’atteinte de l’hippocampe, structure cérébrale qui traite à la fois la mémoire des événements et les repères temporels essentiels à notre vie de tous les jours. Plus la maladie progresse, plus l’accès à ces repères devient difficile, mettant à mal la capacité de la personne à se situer dans son propre quotidien.

L’impact des saisons et de la lumière naturelle

Les saisons sont marquées par des changements de température, de lumière, de rituel familial, et d’activités. Chez les personnes atteintes d’Alzheimer, la perte d’accès à ce rythme annuel peut aggraver la désorientation, mais aussi impacter l’humeur et les capacités physiques.

  • Lumière naturelle : La stimulation par la lumière du jour régule l’horloge biologique, et donc le cycle veille-sommeil. Plusieurs études, dont celle publiée par le CHU de Nice en 2021, montrent qu’une exposition quotidienne suffisante à la lumière naturelle peut réduire de 30 % les troubles du sommeil et de l’agitation chez les patients Alzheimer hébergés en établissement.
  • Rythmes saisonniers : Les changements de saisons donnent traditionnellement lieu à des repères forts (habits plus chauds, fêtes, fruits de saison). Or, ne plus percevoir ces changements peut engendrer anxiété ou repli.
  • Effet sur l’humeur : Le syndrome dépressif saisonnier concerne environ 10 % des personnes âgées résidant en institution (source : Revue Neurologique), et la désorientation majorée chaque automne/hiver lorsqu’il y a moins de lumière.

D’après le projet européen Light4Life

  • Une simple augmentation de l'exposition à la lumière naturelle, via des fenêtres élargies ou des promenades quotidiennes, permet d’augmenter le temps de sommeil réparateur de plus de 40 minutes en moyenne.
  • Intégrer des signaux saisonniers visuels et sensoriels, comme la décoration, favorise aussi la reconnaissance du moment de l’année, rassurant la personne.

Pourquoi structurer la journée est essentiel ?

Au-delà des saisons, la structuration de la journée avec des repères fixes joue un rôle fondamental. Les professionnels le constatent quotidiennement : moins il existe de points de repère, plus la personne vieillit “hors du temps”, réduisant son autonomie et sa capacité à participer à la vie sociale.

  • Repères de la journée : Repas à heures régulières, rituel du lever, promenade après le déjeuner, moment du thé... ces habitudes agissent comme des ancrages précieux.
  • Routine = sécurité : L’absence de structure peut majorer l’angoisse voire déclencher ce que l’on appelle le “syndrome du coucher du soleil” : agitation et confusion en fin de journée, rapporté chez 20 à 40 % des patients Alzheimer selon le site de la Maison des Aidants.
  • Limitation de la déambulation : Les repères temporels et les activités ritualisées peuvent réduire de 35 % les situations de déambulation et de fugue (source : Fédération Alzheimer France).

Comment renforcer les repères temporels au quotidien ?

  • Favoriser les rituels réguliers : mêmes horaires de repas, promenade ou activité chaque jour, moment de détente en fin d’après-midi.
  • Utiliser des outils visuels :
    • Horloges grand format avec indication “matin/après-midi”
    • Tableau blanc ou planning illustré (ex : pictogrammes pour chaque activité ou saison)
    • Décoration évolutive au gré des saisons : fleurs fraîches au printemps, feuilles colorées à l’automne, guirlandes pour les fêtes d’hiver
  • Adapter les vêtements et l’alimentation aux saisons et en parler avec la personne, pour soutenir le dialogue et l’ancrage
  • Prévoir des moments d’exposition à la lumière naturelle, aussi bien en extérieur qu’en veillant à ne pas obstruer les fenêtres à l’intérieur.
  • Utiliser des musiques, bruits d’ambiance ou parfums typiques de chaque saison (écouter des chants d’oiseaux au printemps, sentir la lavande en été...)

La combinaison de repères sensoriels, physiques et sociaux ancre la personne à la fois dans la journée et dans le cycle annuel. Selon l’HAS, ce sont ces points d’appui récurrents qui apaisent, rassurent et retissent, peu à peu, le lien à la réalité.

Ce que disent les recommandations et la recherche

  • Le guide de la Haute Autorité de Santé rappelle l’importance de “valoriser l’orientation temporospatiale par l’environnement et la routine”.
  • Depuis 2019, la Fondation Médéric Alzheimer soutient les initiatives qui intègrent la “temporalité sensible” dans l’accompagnement : calendrier mural, activités rythmées par la saison, conversations sur la météo ou l’agenda familial.
  • Une étude menée par l’AP-HP sur 300 résidents de 8 EHPAD montre que l’introduction de repères de saisons diminue l’anxiété diurne de 25 % et améliore la participation aux activités de groupe.

Exemples concrets et adaptations possibles

  • En institution :
    • Événements adaptés au rythme des saisons : marché de Noël, dégustation de fruits d’été, chasse aux œufs au printemps.
    • Balades extérieures quasi-quotidiennes (selon météo), intégrées au programme de soins pour stimuler la lumière naturelle et les repères.
    • Repérage simple : calendrier illustré affichant jour, saison et météo, accessible à tous.
  • À domicile :
    • Choix d’habits posés chaque matin par un aidant, en échangeant sur la météo et la saison.
    • Repas partagés avec menu adapté à la saison. Ex : soupe en hiver, fruits frais en été.
    • Petites routines orales : rappeler la date et l’événement à venir lors du petit-déjeuner.

Les familles rapportent fréquemment que, même après la perte du langage, le contact sensoriel avec une saison (feuilles d’automne, senteur de la pluie…) peut raviver des souvenirs ou apaiser la personne.

Aperçu sur le futur : technologies et repères temporels

De plus en plus, les technologies accompagnent les familles et les soignants pour faciliter ces repères :

  • Diverses applications proposent des rappels vocaux de la routine quotidienne, personnalisés selon la saison ;
  • Horloges numériques spéciales Alzheimer, qui affichent la date, la période de la journée, voire la saison sous forme d’un pictogramme ou d’une couleur dominante ;
  • Objets connectés, capables de modifier l’ambiance lumineuse selon le moment de la journée et la météo, pour maintenir une continuité sensorielle.

Néanmoins, la simplicité et la valeur humaine des interactions restent irremplaçables : ce sont les rituels partagés, la voix rassurante d’un proche, les petits signes du quotidien, qui préservent le mieux la cohérence temporelle.

Pour une approche toujours individualisée

Chaque situation, chaque histoire, chaque parcours face à la maladie d’Alzheimer est unique. Certains seront particulièrement sensibles à la lumière, d’autres à la chaleur familiale autour des traditions saisonnières. L’accompagnement global le plus efficace reste celui qui allie repères temporels, environnement adapté, relations sécurisantes et écoute attentive. Saisons, cycles et moments de la journée ne doivent pas être vus comme de simples détails, mais comme une trame indispensable à l’apaisement, à l’autonomie, et au maintien de la dignité de chacun.

Pour approfondir : Alzheimer Europe – dossier sur l’environnement et la temporalité HAS – Les repères temporaux dans la prise en charge

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