La musicothérapie : un levier concret pour apaiser les troubles du comportement en Alzheimer

25 novembre 2025

maladie-alzheimer-gral.com

Appréhender les troubles du comportement en Alzheimer

Les troubles du comportement affectent jusqu’à 90% des personnes vivant avec la maladie d’Alzheimer au cours de leur évolution (HAS). Ils peuvent prendre différentes formes : agitation, agressivité verbale ou physique, anxiété, cris, déambulation, apathie ou repli. Ces manifestations génèrent parfois autant de détresse pour la personne atteinte que pour son entourage, et complexifient considérablement l’accompagnement en institution comme à domicile.

Face à ces expressions, l’enjeu est double : préserver la dignité de la personne en évitant les contenances ou la médication systématique, et restaurer un climat apaisé profitable à tous. La musicothérapie se positionne ici comme une alternative non-médicamenteuse reconnue, mais souvent méconnue dans ses mécanismes et dans ses effets à moyen terme.

Comprendre la musicothérapie : définition et principes

La musicothérapie s’appuie sur l’utilisation structurée de la musique (écoute, chant, rythme, instruments…) à des fins de soutien, de maintien des capacités et d’expression émotionnelle. Il existe deux pratiques principales :

  • Musicothérapie active : La personne participe (chants, instruments, mouvement corporel, improvisation).
  • Musicothérapie réceptive : L’écoute de musique, choisie et adaptée, déclenche des ressentis et réactions.

Ce champ bénéficie d’un corpus scientifique grandissant. Selon la Fédération Française de Musicothérapie (FFM), une intervention menée par un professionnel formé favorise l’expression des émotions, recentre l’attention, et permet parfois de réduire la fréquence des troubles du comportement.

Pourquoi la musicothérapie a-t-elle un impact chez les personnes Alzheimer ?

Chez les personnes atteintes d’Alzheimer, les circuits neuronaux liés à la perception musicale restent relativement préservés, même à des stades avancés (Alzheimer’s Association). La musique sollicite simultanément mémoire, émotion et motricité, avec un effet direct sur l’anxiété, la peur, ou l’agitation.

  • Stimulation multisensorielle : La musique active des régions cérébrales diverses (auditives, motrices, émotionnelles), rétablissant des connexions quand la parole ou la logique sont en difficulté.
  • Ancre émotionnelle : Les musiques familières réveillent des souvenirs autobiographiques. Une chanson d’adolescence, une comptine… peuvent susciter joie, apaisement, voire stimulation verbale.
  • Effet apaisant physiologique : Les rythmes lents et réguliers baissent la fréquence cardiaque, l’agitation et le seuil de stress (étude NCBI, 2018).

La musicothérapie n’agit donc pas seulement “pour occuper” ou “détendre”, mais pour moduler, de façon subtile, l’équilibre émotionnel et comportemental.

Quels troubles du comportement la musicothérapie peut-elle apaiser ?

Sur le terrain, on constate les bénéfices suivants, appuyés par des recommandations issues de la Haute Autorité de Santé (HAS) et de l’Association Française des Aidants :

  • Réduction de l’agitation : D’après une méta-analyse (Cochrane, 2018), la musicothérapie permet de diminuer de manière significative l’agitation physique ou verbale dans 60% des situations évaluées.
  • Moins d’agressivité : Le recours à la musique structurée réduit la survenue d’épisodes agressifs envers l’équipe ou les proches, selon plusieurs études françaises en EHPAD.
  • Apaisement de l’anxiété : Une séance hebdomadaire de musicothérapie a permis une baisse de 25 à 30% du score d'anxiété dans un groupe suivi sur six mois (Ramsay et coll., 2020).
  • Moins de cris ou de déambulation nocturne : La diffusion de playlists personnalisées avant le coucher a montré une diminution du nombre d’évènements perturbateurs la nuit (protocole “Music and Memory”, USA).

La dimension personnalisée est essentielle : une sélection musicale qui correspond à l’histoire de la personne a des effets bien plus notables qu’une ambiance musicale standard.

En pratique : comment la musicothérapie est-elle mise en œuvre en institution et à domicile ?

En EHPAD ou en unités spécialisées

Plus de 35% des EHPAD proposent désormais au moins une activité de musicothérapie mensuelle encadrée par un intervenant spécialisé (Données CNSA, 2023). On distingue :

  • Sessions collectives : Souvent en petits groupes (5 à 10 personnes), privilégiant le chant, l’écoute guidée, ou le jeu d’instruments simples (percussions, tambourins). La régularité, l’ambiance sécurisante et la collaboration avec l’équipe soignante sont cruciales.
  • Ateliers individuels : Les intervenants travaillent parfois en binôme avec un proche ou un aide-soignant, pour les personnes très dépendantes ou peu mobiles.
  • Protocoles d’urgence : En cas de crise aiguë (agitation extrême par exemple), certaines équipes disposent de supports audio adaptés (casques, enceintes, playlists personnelles).

À domicile auprès des aidants

Il n’est pas nécessaire d’être un professionnel pour s’appuyer sur la musicothérapie en famille. Plusieurs recommandations peuvent être appliquées :

  • Créer une playlist personnalisée : Solliciter les souvenirs musicaux du proche, ses chansons favorites, musiques de danse, berceuses, etc.
  • Privilégier la simplicité : Des séances courtes (10-20 minutes) évitent la surcharge et favorisent la répétition sans lassitude.
  • Observer les réactions : Certaines musiques peuvent réveiller tristesse ou colère, il est important de s’adapter, de changer de morceau ou d’arrêter si besoin.
  • Favoriser l’interaction : Encourager la personne à battre la mesure, à fredonner, ou à se balancer sur la musique.

Quelques exemples inspirants et résultats observés

  • Lors d’une étude pilote menée à Lyon en 2021 (La Documentation Française), un dispositif simple (enceinte Bluetooth, playlist choisie avec les familles) a permis de réduire de 40% les gestes de contention sur un trimestre.
  • En EHPAD ruraux, plusieurs témoignages évoquent le retour du sourire, parfois de la parole, durant et après les séances, même chez des résidents ayant perdu l’usage verbal.
  • Le programme “Music and Memory” (USA, Canada) a montré que 60% des participants avaient pu diminuer des traitements psychotropes dans les mois suivant l’introduction de la musicothérapie.
  • L’utilisation de chansons régionales ou de berceuses propres à la culture du résident favorise le sentiment de sécurité et réduit les manifestations de peur (Réseau Francophone de Musicothérapie, 2022).

Précautions et limites de la musicothérapie

Si la musicothérapie offre de réels bénéfices, elle n’est pas une solution universelle :

  • Sensibilité individuelle : Certaines personnes réagissent mal à tout bruit, même doux, ou à certaines musiques associées à des souvenirs douloureux.
  • Nécessité de formation : Une approche inadaptée, non individualisée, peut majorer l’anxiété ou la confusion.
  • Place dans la globalité du projet de soin : Cela doit compléter un projet personnalisé, et s’articuler avec les interventions éducatives, sensorielles, et médicales.
  • Difficulté d’accès en milieu rural : Le recrutement de musicothérapeutes diplômés n’est pas toujours possible partout, mais il existe des ressources numériques et des formations pour les aidants.

Dans tous les cas, l’écoute des réactions du patient et la collaboration avec l’équipe médicale sont incontournables pour ajuster la démarche.

Pour aller plus loin : ressources utiles et pistes d’intégration

L’intégration de la musicothérapie, en lien avec l’histoire de chacun et le projet de vie, pose régulièrement la question du sens et du confort, là où la maladie vient parfois bouleverser les repères. Même en l’absence de mots, la musique invite à la reconnaissance mutuelle, à la détente, et parfois à la redécouverte d’un plaisir simple, dans un quotidien fragilisé par l’incertitude.

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