Faciliter la communication avec une personne Alzheimer non verbale : Pictogrammes et supports visuels adaptés

17 mai 2026

maladie-alzheimer-gral.com

Pourquoi la communication visuelle est centrale auprès des personnes Alzheimer non verbales

La perte progressive du langage est l'une des conséquences les plus marquantes de la maladie d'Alzheimer. À un stade avancé, certaines personnes ne peuvent plus s’exprimer verbalement, ni même comprendre le langage oral classique. Cette évolution ne traduit pas pour autant une perte totale de l’envie ou de la capacité à communiquer : elle impose simplement de s’appuyer sur d’autres canaux, dont la communication visuelle. Les supports visuels — pictogrammes, images, objets… — se révèlent alors être des outils essentiels pour maintenir des interactions, exprimer des besoins de base, et préserver la dignité des personnes concernées. Selon la Fédération Française des Diabétiques et la Fédération Alzheimer (France Alzheimer, guide 2020), l’utilisation de supports visuels structurés améliore la qualité des échanges, réduit l’anxiété et permet de limiter les troubles du comportement liés à la frustration de ne pas se faire comprendre. Encore faut-il les choisir et les utiliser à bon escient : il ne s’agit en aucun cas d’« infantiliser » la relation, mais au contraire de proposer des solutions claires et respectueuses.

Comprendre les capacités de perception visuelle dans la maladie d’Alzheimer

Avant de choisir ou de créer des supports visuels adaptés, il est crucial de rappeler que la maladie d’Alzheimer affecte, au fil de son évolution, non seulement la mémoire et le langage, mais aussi la perception visuelle. Selon la Haute Autorité de Santé (2018) et l’observation de terrain en EHPAD :

  • La reconnaissance des formes complexes et le traitement des détails fins sont altérés.
  • Les contrastes, les couleurs franches et les images simples sont plus facilement compris.
  • L’attention visuelle est souvent fragmentée : aller à l’essentiel permet d’éviter la confusion.

De plus, les troubles cognitifs peuvent provoquer des interprétations erronées des images si elles sont trop abstraites ou peu contextualisées. Le choix des supports doit donc s’adapter à ce profil sensoriel et cognitif spécifique.

Quels types de supports visuels privilégier ?

Plusieurs catégories de supports visuels s’intègrent dans la communication quotidienne auprès des personnes Alzheimer non verbales : pictogrammes, photographies, objets réels, et outils numériques. Chacune a des atouts à condition de respecter certains principes.

Pictogrammes : Simplicité et universalité

  • Définition : Le pictogramme est un dessin (généralement en noir et blanc) représentant une action, un objet ou un besoin, de la façon la plus épurée possible.
  • Atouts : Leur aspect universel facilite la reconnaissance, même lorsque les capacités de lecture ou de mémoire sont altérées. Ils sont conçus pour limiter la surcharge visuelle et rester compréhensibles à l’œil fatigué.
  • Limites : Il faut préférer les pictogrammes issus de standards reconnus (WIDGIT, ARASAAC…) plutôt que des créations trop personnalisées ou complexes.
Exemple À privilégier À éviter
Envie d'aller aux toilettes Pictogramme toilettes Image de salle de bain réaliste ou icône stylisée non explicite
Faim Pictogramme repas Photo de table bien garnie, peu contrastée

Photographies : Concrètes et situées

  • Définition : Photographies simples et bien contrastées représentant un objet, une personne ou une action.
  • Atouts : Les photos peuvent évoquer des souvenirs ou des repères personnels, mais doivent être choisies pour leur lisibilité et leur absence d’arrière-plan gênant.
  • Conseil terrain : Favoriser les photos de taille moyenne à grande, sur fond uni, dans lesquelles la cible est bien centrée.
  • À surveiller : Les photographies très anciennes ou celles à dominantes grises/marron/bleues sont parfois moins efficaces à cause des altérations de la perception des contrastes chez la personne âgée (source : V. Deudon et coll. – recommandations SFGG 2017).

Objets de référence : Tactiles et rassurants

  • Montrer l’objet réel pour encourager la reconnaissance sensorielle (ex : présenter un biberon ou une brosse à dents plutôt qu’un dessin ou une photo).
  • Solution utile dans la zone de soins ou en animation : les "boîtes à objets" encouragent le choix sans passer par le langage.

Supports numériques interactifs :

  • Tablettes et applications dédiées proposent, par exemple, des albums d’images interactifs : un appui tactile permet de pointer son besoin.
  • Attention toutefois : la manipulation doit rester simple (fiches grandes, interface épurée) et être accompagnée par un aidant ; certaines personnes avancées dans la maladie ne peuvent plus utiliser d’outils tactiles.

Principes et bonnes pratiques pour la sélection des pictogrammes et images

Les recommandations françaises (source : France Alzheimer, HAS, guidance terrain EHPAD) font consensus sur quelques règles de sélection :

  • Privilégier la simplicité : un pictogramme = une idée ou une action. Éviter les images composites.
  • Opter pour des contrastes marqués : blanc/noir ou couleurs primaires, fonds unis, contours nets.
  • Uniformiser les supports utilisés dans un lieu de vie, afin d’éviter une surcharge visuelle ou des contradictions.
  • Adapter la taille à la vision : grands formats (8×8 cm minimum recommandés).
  • Favoriser la répétition : reprendre les mêmes pictogrammes sur les portes, les objets quotidiens, les plannings.
  • Éviter toute allusion à la petite enfance : pas de dessins enfantins, ni couleurs pastels uniquement réservées à l’univers pédiatrique.

Comment intégrer ces supports dans la vie quotidienne : exemples concrets

  • Se repérer dans la chambre ou l’établissement : Utilisation de pictogrammes sur les portes (toilettes, salle de bain, cuisine), dans les placards (vêtements, chaussures, linge de toilette.)
  • Exprimer un besoin ou un inconfort : Des planches plastifiées de pictogrammes « besoins primaires » (soif, faim, douleur, toilette, chaud/froid) sont accessibles dans la salle commune et présentées lors des temps de change.
  • Participer à des choix : Présenter deux pictogrammes (ex : yaourt ou compote) à l’heure du goûter, pour favoriser un échange même sans parole.
  • Rassurer, prévenir l'angoisse : Afficher le déroulement de la journée en images (planning visuel), permet d’anticiper et de structurer le temps (par exemple, pictos « petit-déjeuner », « toilettes », « sortie au jardin », etc.).

La mise en place : conseils pour impliquer la personne et son entourage

  • Associer la personne concernée dès que possible dans le choix des images : lui présenter différentes propositions d'image et observer avec attention quelle illustration provoque une réaction (sourire, pointage du doigt, mouvement d’approbation…)
  • Impliquer la famille et les soignants : la cohérence et la stabilité des supports entre le domicile, l’EHPAD ou le service hospitalier sont fondamentales. Expliquer le pourquoi de chaque pictogramme renforce leur efficacité.
  • Introduire progressivement les supports, en prenant le temps de s’assurer que la personne comprend la signification de chaque image, quitte à recommencer plusieurs fois.
  • Enrichir les supports par un usage quotidien, et les actualiser selon l’évolution des besoins et capacités de la personne.

Ressources recommandées pour se procurer des pictogrammes adaptés

  • ARASAAC : Banque de pictogrammes gratuits, traduits en français, validés par de nombreux professionnels de la communication augmentée.
  • Widgit : Solution (payante ou en démonstration) utilisée dans de nombreux établissements médico-sociaux (France et Royaume-Uni), très complète et simple à utiliser.
  • Hier, aujourd’hui, demain (France Alzheimer, document PDF 2021) : Des planches illustratives à imprimer tout de suite, construites selon les besoins des aidants et personnes Alzheimer.
  • Applications mobiles telles que « LetMeTalk » ou « PictoSelector » pour la création personnalisée et l’impression de supports accessibles directement sur tablette ou smartphone.

Avantages, limites et évolution des pratiques

L’accompagnement quotidien par des outils visuels ne remplace pas l’écoute, la bienveillance et la qualité de présence humaine. Il contribue, cependant, à préserver autonomie et sentiment de pouvoir agir sur le quotidien, même dans des cas de langage très altéré. Les études internationales (E. Verdonck, Clinical Interventions in Aging 2018 ; HAS et SFGG) rapportent une diminution objective des signes d’agitation et une augmentation des “échanges dirigés” dès la mise en place structurée de référents visuels dans les services Alzheimer. De nouvelles pistes sont en cours d’expérimentation : outils numériques interactifs, albums photos personnalisés, supports olfactifs associés aux images. Il s’agit d’ajuster ces modalités à la personne, sans formalisme excessif mais en gardant en tête trois piliers : simplicité, lisibilité, dignité.

S'informer sur ces outils et sur les spécificités de perception des personnes Alzheimer, c’est renforcer le lien et redonner sa juste place à chacun — sans jamais réduire la personne à son symptôme.

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